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L’Église dans l’histoire — points de repère (3)

Par Rolpoup :: mercredi 08 novembre 2006 à 15:15 :: KT Adultes

                                                                                         

(KT ados : samedi 11 novembre 2006
Rendez-vous comme d’habitude à 16 h 30
)

 






3)
               
23 novembre
         La chrétienté latine médiévale




Le christianisme occidental


Si l’orthodoxie orientale est, largement, l'héritière de l'Église primitive, le christianisme connaît aussi un essor remarquable dans la partie occidentale de l'Empire romain. On peut distinguer, entre autres, deux raisons de ce développement, étroitement liées : la migration des peuples germaniques et l'importance croissante du patriarcat romain. Lorsque la capitale de l'Empire fut transférée à Constantinople, la seule autorité qui resta à Rome fut celle de l'évêque. Rome était la capitale de l'Église d'Occident lorsque l'Europe fut en proie aux attaques des peuples qui déferlèrent sur le continent par vagues successives, qu'on appela les « invasions barbares ». La conversion de ces envahisseurs à la foi chrétienne trinitarienne, illustrée par la conversion de Clovis, roi des Francs, impliquait leur incorporation dans l'institution impériale — présidée en Occident par l'évêque de la vieille ville, Rome qui servait en outre souvent d'arbitre à l'orthodoxie quand les autres centres, y compris Constantinople, connaissaient des dissensions. Le déclin de la puissance politique de Constantinople dans ses provinces occidentales aboutit à la création de plusieurs royaumes germaniques séparés. Et finalement, en l'an 800, se forma un « Empire romain » occidental indépendant, via ce qu’on peut appeler le coup d’État carolingien par lequel Charlemagne fut couronné empereur par le pape Léon III.

Le christianisme médiéval en Occident, contrairement à son homologue en Orient, constitua une seule entité, ou du moins s'efforça de n'en constituer qu'une seule. Lorsqu'un peuple devenait chrétien en Occident, il apprenait le latin et perdait souvent de ce fait sa propre langue. La langue de l'ancienne Rome devint ainsi la langue liturgique, littéraire et savante de l'Europe occidentale. Archevêques et abbés, qui exerçaient une influence considérable dans leur propre région, dépendaient toutefois du pape de Rome, bien que ce dernier n'ait pas toujours eu les moyens de faire respecter la primauté qu’il revendique. L'Occident des premiers siècles du Moyen Âge vit naître diverses controverses théologiques, mais celles-ci furent sans commune mesure avec celles qui fleurissaient en Orient. La théologie occidentale ne put rivaliser avant l'an 1000 avec la sophistication philosophique de la théologie orientale. Le principal artisan de la théologie occidentale fut Augustin, évêque d'Hippone (en Afrique du Nord latine), dont l'œuvre abondante (on peut en citer les Confessions et la Cité de Dieu) contribua à façonner ce système. L'influence d’Augustin fut revendiquée dans la théologie occidentale du Moyen Âge à l’époque moderne, y compris chez les protestants.

Pouvoir papal. Malgré l'image d’une harmonie entre l'Église et l'Empire que pourrait représenter le couronnement de Charlemagne par le pape, il y a là le point de départ du conflit entre les deux instances qui traverse le Moyen Âge. Les deux pouvoirs ne cessèrent de s'affronter sur la délimitation de leurs sphères d'influence respectives. La cause majeure de ces querelles concerna le droit de nommer les évêques et les abbés (qui pouvaient être investis par l'autorité laïque), qui opposa le pape Grégoire VII à l'empereur d'Occident Henri IV en 1075. (Grégoire VII donnera son nom à la « Réforme grégorienne », époque du pouvoir dominant de la papauté, qui culmine avec Innocent III — voir ci-dessous.) Le pape excommunia l'empereur et ce dernier refusa de reconnaître le pape. Le conflit s'apaisa lorsque Henri sollicita son pardon du pape à Canossa en 1077, mais les tensions demeurèrent. Une lutte similaire opposa le pape Innocent III au roi d'Angleterre Jean sans Terre, qu'il excommunia en 1209, et se termina quatre ans plus tard par la soumission du roi au pape. Ces conflits sont liés au rôle complexe de l'Église dans la société féodale. Les évêques et les abbés administraient de vastes terres et d'importantes richesses et constituaient par là même une force économique et politique, que le roi devait pouvoir contrôler pour asseoir son autorité sur la noblesse séculière. La papauté, elle, entendait préserver sa suzeraineté.

Les Croisades. L'Église et les princes séculiers combattirent cependant côte à côte face à un ennemi commun durant les croisades dont la première fut lancée à l’appel du pape Urbain II en 1095 ; la 2e fut prêchée par Bernard de Clairvaux et engagea, avec les suivantes, empereurs germaniques et rois ; les deux dernières, la 7e et la 8e engagèrent le roi de France Louis IX (canonisé : saint Louis). La conquête de Jérusalem par les musulmans signifiait que les lieux saints associés à la vie de Jésus seraient désormais sous le contrôle d'une puissance non-chrétienne ; et bien que les rumeurs faisant état, après l’expansion des Turcs seldjoukides, des obstructions croissantes rencontrées par les pèlerins chrétiens aient été souvent exagérées, on s'accorda à croire que Dieu voulait que les armées chrétiennes libèrent la Terre sainte. La première croisade, organisée donc en 1095, parvint à établir un royaume latin à Jérusalem en 1099 et à y nommer un patriarche. La ville passa à nouveau sous contrôle musulman un siècle plus tard, et le dernier bastion chrétien en Terre sainte tomba après deux cents ans. À cet égard, les croisades furent un échec, avec des incidences souvent catastrophiques (pour ne pas parler de la 4e croisade de 1202-1204 mentionnée plus haut, qui accentua la rupture Rome-Constantinople). Elles ne réussirent ni à restaurer le christianisme à Jérusalem, ni à opérer l'unification politique ou ecclésiastique de l'Occident.




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