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Généalogie des protestantismes (5)Par Rolpoup :: jeudi 26 février 2009 à 16:12 :: KT Adultes
5) 26 février (Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9forme_radicale ; L'appellation générique de Réforme « radicale » s'applique à de nombreux courants religieux hétérogènes qui se sont développés en marge de la Réforme « magistérielle » — « magistérielle » c’est-à-dire : qui ne rompt pas avec les autorités civiles / le « magistrat » / voire s’appuie dessus : la Réforme « radicale », rompt délibérément, fait un choix pouvant être révolutionnaire. La plupart de ces mouvements radicaux ont émergé dans les premières années de la Réforme (1520-1530) et n'ont guère perduré. La Réforme radicale propose une remise en cause non seulement de la conception religieuse mais encore de la société du XVIe siècle. Elle s'inscrit d'une certaine manière dans la continuité de la Réforme « magistérielle », zwinglienne ou luthérienne. D'ailleurs, de nombreux radicaux furent d'abord des acteurs importants aux côtés des grands réformateurs (pour Luther : Carlstadt, Münzer ; pour Zwingli : Grebel, Mantz). Néanmoins, leurs idées sont nettement plus extrémistes, ce qui leur attirera les foudres des autorités. Seul l’anabaptisme pacifique a réellement survécu aux diverses répressions orchestrées par les institutions tout au long du XVIe siècle. On considère généralement que trois grandes tendances peuvent être distinguées parmi les groupuscules radicaux : * les radicaux révolutionnaires. Liés aux actes iconoclastes et à la Guerre des paysans, ces courants se manifestent essentiellement en Allemagne ; * les anabaptistes pacifiques. Ce courant apparaît d'abord en Suisse sous l'action de Grebel et Mantz. Puis, il se développe dans le Tyrol avec les huttérites. Enfin, Menno Simons donne un nouveau souffle à ce courant en l'homogénéisant quelque peu. Ce courant est devenu le mennonitisme ; * les spiritualistes. Influencés aussi bien par l'ascétisme médiéval que par l'humanisme, ce sont souvent des penseurs esseulés qui envisagent la foi comme un acte individuel. Souvent anabaptistes, mais pas toujours, les radicaux peuvent aller très loin dans la rupture, non seulement avec la société de leur temps, mais aussi avec l’orthodoxie : cette aile n’hésite pas à remettre en question des dogmes tels que la Trinité (les « anti-trinitaires »)… Cf. aussi Pierre Benoist, Affrontements religieux en Europe (XVIe-XVIIe siècle), Éditions Atlande, 2009. Ici : Voir le point 2) : « la réforme en conflit ». *
Face à ces courants, la Réforme structure des discours orthodoxes et use de la raison (certes éclairée par l’Esprit saint !) — là où les « radicaux » préconisent une lecture spontanée, populaire, naïve et inspirée (seul le Saint Esprit dévoile au cœur et à l'esprit du croyant le sens de la Bible). Deux grandes orthodoxies — luthérienne et réformée — vont se structurer, dont les bases philosophiques bientôt mises en question par les nouvelles philosophies, verront naître des tendances ouvertement rationalistes. L’orthodoxie luthérienne se centre sur la question des « moyens de grâce » / prédication et sacrements, et se distingue de la tradition réformée par son insistance sur la notion d’ubiquité / omniprésence de l’humanité de Christ en vertu de la « communication des idiomes » (« idiomes » ou « propriétés ») : dans l’Incarnation, en Christ les propriétés de l’humanité sont communiquées à la divinité et les propriétés de la divinité sont communiquées l’humanité. Le Christ est donc corporellement omniprésent — notamment à la sainte Cène, par la « consusbstantiation ». L’orthodoxie calviniste, qui admet aussi la « communication des idiomes » — un classique depuis le Concile de Chalcédoine (451) — n’en tire pas les mêmes conclusions, insistant pour sa part sur cet autre aspect de Chalcédoine (admis aussi par les luthériens) : « union sans confusion ni séparation ». Pas de confusion entre une humanité pleinement humaine, donc localisée, et une divinité omniprésente. C’est l’Esprit saint qui rend le Christ présent à la Cène. Cette conception de la non-confusion des deux natures a été taxée du vocable « extra-calvinisticum »… Le Dieu transcendant reste transcendant, même dans l’Incarnation. Une conception de la transcendance de Dieu qui se traduit aussi par un maintien de la doctrine classique de la prédestination (cf. Synode de Dorcrecht – 1618-1619), marquant la souveraineté de Dieu et sa précédence dans l’élection pour la grâce en Christ. * Aristote et sa logique ont souvent pris du service dans la mise en place des orthodoxies protestantes, comme elles ont servi l’orthodoxie catholique. Les nouvelles approches philosophiques issues des bouleversements modernes, notamment l’ébranlement des cieux suite à l’œuvre de Galilée, qui affecte l’aristotélisme, affecteront aussi la théologie protestante, qui se repensera, pour certains courants, à l’aune du rationalisme nouveau et de la philosophie nouvelle — « des Lumières ». Entre orthodoxie et rationalisme, certains se recentrent sur la question du salut et de la relation avec Dieu. Question très présente dans les mouvements puritains et explicitement posée comme cœur du piétisme (cf. séances suivantes). RP KT ados - Séance du 14 février 2009Par Rolpoup :: dimanche 08 février 2009 à 17:51 :: KT Ados
(Cf. Programme de l'année)
CATECHISME ANTIBES 2009
LE PROPHETISME HUGUENOT 1698-1702.
Par André GARROT
Du jour au lendemain, tous les protestants (huguenots, religionnaires, tenants de la religion prétendue réformée) sont déclarés ennemis du roi et rebelles. Ils sont donc sommés de se convertir au catholicisme au péril de leur vie.
Dès fin 1686, La ligue d’Augsbourg (Autriche, quelques pays allemands, Hollande, Angleterre), entre en guerre avec la France. Le conflit durera presque 10 ans et permettra au petit peuple protestant de souffler (présence militaire moins importante) et surtout d’espérer : les réfugiés dans les différents pays de la ligue espèrent qu’au terme de la guerre Louis XIV sera forcé d’assouplir sa politique de répression vis à vis de leurs coreligionnaires. A cette époque, la couronne d’Angleterre avait constitué une rente auprès de l’église calviniste de Genève afin qu’elle reçoive, qu’elle forme les candidats français au pastorat. Et qu’elle facilite leur mission en terre de France ou ils risquaient pour le moins les galères. Hélas aucun des partis en guerre n’ayant pris vraiment le dessus, la paix de Ryswick 1696 n’aborde même pas le sujet. Les essais de médiations très mous au demeurant n’aboutissent pas car le Roi décide qu’il s’agit d’une affaire de politique strictement intérieure même si, paradoxalement, il désire que l’interdiction du protestantisme reste en vigueur dans les villes rétrocédées aux princes allemands (Orange).
-lourdes amendes à la moindre infraction, réquisition (gîte et couvert) pour les dragons de sinistre mémoire, renvoyés en renfort de police. -enfermement des enfants et adolescents dans des écoles religieuses catholiques spécialement dures. -Châtiments exemplaires à propos et hors de propos. NAISSANCE DU PROPHETISME HUGUENOT : Dans cette ambiance de résistance pour motif de conscience, lourdement réprimée, va naître et se développer un élan de prophétisme singulier qui aboutira quelques années plus tard à la révolte des protestants du Languedoc connue sous le nom de guerre des Cévennes. En effet, à force d’exactions, de bastonnades, de tortures diverses, d’enlèvement d’enfants, le peuple protestant était brisé et il n’arrivait même plus à crier sa douleur ni à dénoncer les injustices dont il était victime. Cela permettait aux autorités de crier victoire contre l’hérésie car apparemment tout était rentré dans l’ordre Royal. En fait la résistance s’était intériorisée dans les familles où l’on poursuivait la lecture de la Bible et le chant des Psaumes. Plus même cette piété quasi domestique n’éteignait pas le sentiment d’appartenir à une église si bien que malgré le danger permanent de petites assemblées se tenaient dans les maquis ou dans les grottes. C’est ce que l’on a appelé l’église du désert. LA GENESE DU PROPHETISME: La première manifestation de « prophétisme » est attribuée à une jeune bergère des environs de Crest dans le Dauphiné. Dans un état de sommeil extatique Isabeau Vincent récitait des extraits de psaumes de prophètes ou des paroles d’exhortation qu’elle eut été bien incapable de dire en état de veille. Elle s’exprimait très facilement en français alors que son langage était le dialecte de sa province (lire P. 39&45).
Isabeau Vincent fut, bien sûr, arrêtée, emprisonnée à la tour de Crest puis enfermée dans un couvent de Grenoble où elle reçut de nombreuses visites. L’une d’elles dame veuve de la bonne société reçut à son tour le don de prophétie . Après de nombreuses péripéties au cours de ses misions ou de ses fuites devant les autorités, elle fut à son tour enfermée comme « fanatique ».
Il fut arrêté en Bearn et exécuté quelques mois plus tard à Montpellier. DEVELOPPEMENT : Ce mouvement né dans le Dauphiné, développé dans le Vivarais eut une telle résonance qu’il fit tache d’huile dans l’Uzège tout d’abord puis gagna les Cévennes tout entières atteignant même l’Hérault.
(lire page 63) Deux des prophètes les plus marquants de cette époque furent Daniel Raoux et Françoise de Brès. Leur prédication enflammée pour la repentance et l‘abandon de Babylone (Eglise romaine) de ses rites apostats (messe) et de la prise de l’aspic (hostie) firent de nombreux adeptes qui poursuivirent le mouvement malgré les risques : Raoux fut roué en place publique et Brès pendue en place à Pont de Monvert. CARACTERISTIQUES : Quelles sont les caractéristiques du prophétisme chez ceux que leurs contemporains comme l’histoire ont reconnu comme sincères. -Aucun, apparemment, n’est destiné à cette mission. Aucun n‘a les qualités nécessaires à la mission qu’il va poursuivre. Certains sont analphabètes et ne connaissent que le langage dialectal. -Tous ont une expérience initiale particulière décrite par leur entourage (transes) ou racontées par eux mêmes (bouleversement intérieur qui modifie radicalement leur comportement : lire page 100). -Lorsqu’ils prophétisent, hommes et femmes sont en général en transes : les paroles qu’ils profèrent leur sont dictées par une »voix intérieure ». Souvent ils sont sujets à des hallucinations visuelles ou auditives. Tel Etienne en son martyr raconté par les actes des apôtres, ils voient les cieux ouverts et les anges qui les guident et les encouragent. D’autres entendent des musiques célestes (psaumes ou alléluia) certains participants affirment participer à ces hallucinations (lire page 104). -L’extase donne à certains une invulnérabilité au feu lui même qui impressionne fort l’assemblée (lire page 102). -Leur vocation comme leurs prédications ultérieures sont fortement influencées par les prophètes bibliques et par l’apocalypse. -Tous sont suivis par des adeptes et des émules malgré les risques extrêmes. La mission est reprise par l’un ou l’autre après l’exécution du prophète. -Leurs prêches violent et outranciers surtout vers la fin du siècle sont accueillis comme une délivrance divine de l’oppression et de la violence du pouvoir royal trop longtemps endurés. La plupart bénéficient d’un don de double vue et de prédiction telle Françoise de Brès après son arrestation et sa condamnation (Lire page 72). EN GUISE DE CONCLUSION : Ces phénomènes étranges sont le fruit du choc de trois facteurs : 1°) Une conscience religieuse aigue, nourrie de la Bible, de la foi réformée de l’action du Saint Esprit et de son témoignage en chaque être quelque soit sa condition. 2°) Le refus autoritaire des pouvoirs en place de reconnaître la validité de cette conscience. 3°) Une répression organisée et systématique de toute personne se réclamant de cette conscience. Il s’agit donc d’une réponse singulière manifestant, hors des normes communes, le droit à la liberté de penser, de croire en dehors des normes communément admises. Dès son apparition le prophétisme protestant a suscité des réactions de scepticisme dans le peuple protestant lui même. Parmi les réfugiés tout d’abord mais aussi parmi les coreligionnaires des Charentes et du Béarn par exemple.
Deux théologiens, ont soutenu le mouvement : -Pierre du Moulin au travers de l’étude des symboles contenus dans la Bible et plus précisément dans les livres de Daniel et de l’Apocalypse ainsi que dans les écrits de Paul et de Jean. Il chercha même à définir la fin de « l’empire papal ». Jurieux pour sa part, après avoir été un fidèle sujet de sa majesté Louis XIV, avait tout d’abord prêché pour une fuite à l’étranger. Ayant appris l’existence de la résistance prophétique, il nourrit les protestants de France de lettres pastorales pleines de retenue. Constatant ensuite la rigueur et l’injustice de la répression, il fit sensation en publiant un ouvrage de résistance active : « Soupirs de la France esclave qui aspire après la liberté ».
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