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KT ados - Séance du 30 mai 2009

Par Rolpoup :: vendredi 22 mai 2009 à 9:20 :: KT Ados

 

Chrétiens dans le monde d’aujourd’hui

 

 

 

 

Année 2008-2009

 

 (Cf. Programme de l'année)

 

 

30 mai 2009 Martin Luther King

 

 

Dans son dernier discours, le 3 avril 1968, le pasteur Martin Luther King exprimait les paroles de la mission accomplie — en ces termes : « Je ne sais pas ce qui va arriver maintenant. Nous avons devant nous des journées difficiles. Mais peu m'importe ce qui va m'arriver maintenant, car je suis arrivé jusqu'au sommet de la montagne.
Je ne m'inquiète plus. Comme tout le monde, je voudrais vivre longtemps. La longévité a son prix. Mais je ne m'en soucie guère maintenant. Je veux simplement que la volonté de Dieu soit faite.
Et il m'a permis d'atteindre le sommet de la montagne. J'ai regardé autour de moi. Et j'ai vu la Terre promise. Il se peut que je n'y pénètre pas avec vous. Mais je veux vous faire savoir, ce soir, que notre peuple atteindra la Terre promise.
Ainsi je suis heureux, ce soir. Je ne m'inquiète de rien. Je ne crains aucun homme. Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur. »

Martin Luther King vient d’évoquer la fin de Moïse au livre biblique du Deutéronome. Moïse qui, après une traversée du désert de 40 ans, a conduit le peuple au seuil de la Terre promise, où il n’entrera pas lui-même.

C’est le 3 avril 1968 au soir. Le lendemain, 4 avril, il était assassiné.

Aujourd’hui, alors que nous commémorions l’an dernier les 40 ans de sa mort, retentissent encore ces mots du 3 avril 1968, la vision de la Terre promise. La promesse de son fameux rêve, celui de cet autre discours, celui d’août 1963, le rêve du jour où « dans chaque village et chaque hameau, dans chaque État et dans chaque cité, […] tous les enfants de Dieu, les Noirs et les Blancs, les juifs et les nations, les catholiques et les protestants, pourront se tenir par la main et chanter les paroles du vieux "spiritual" noir : "Libres enfin. Libres enfin. Merci Dieu tout-puissant, nous voilà libres enfin." » — un rêve qui a déjà porté beaucoup de fruit, même s’il reste du chemin à faire.

40 ans après, a retentit aux États-Unis, et tout à nouveau par des élections désormais mémorables, cette même parole que pour le peuple de l’Exode d’Israël au désert : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs » (Psaume 95, 7-8).

Et cela ne concerne pas que son pays les États-Unis, bien sûr. Son message est d’une portée qui déborde toutes les frontières ; tout comme ce qui vit Moïse — et que Martin Luther King évoque à la veille de sa mort — ne concerne pas qu’Israël ; tout comme les paroles et les actions de Jésus, dont Martin Luther King a été si concrètement le disciple, ne concernent pas que les lieux et les temps immédiats qui en ont été les témoins.

Au-delà du fait qu’il y a un jour Martin Luther King aux États-Unis — seule figure nationale ainsi commémorée avec George Washington —, un tel message est évidemment universel.

S’il reste du chemin — je pense à la parole encore actuelle de Haïlé Sélassié disant devant l’Onu : « tant que la couleur de la peau sera plus importante que celle des yeux, nous ne connaîtrons pas la paix » — ; s’il reste donc du chemin, déjà cependant l’étonnement qui sera celui de nos enfants et de nos petits enfants a commencé à être le nôtre : comment a-t-il été possible antan que l’on fasse cas de la sorte de la couleur de la peau ?

Le pasteur King lui-même montrait une conscience étonnante de la portée historique de ce qui était en train de se passer. Ainsi dans son discours de 1963. Je le cite : 
« Je suis heureux de participer avec vous aujourd'hui à ce rassemblement qui restera dans l'histoire comme la plus grande manifestation que notre pays ait connu en faveur de la liberté. 
Il y a un siècle de cela, un grand américain qui nous couvre aujourd'hui de son ombre symbolique signait notre acte d'émancipation. Cette proclamation historique faisait, comme un grand phare, briller la lumière de l'espérance aux yeux de millions d'esclaves noirs marqués au feu d'une brûlante injustice. Ce fut comme l'aube joyeuse qui mettrait fin à la longue nuit de leur captivité. 
Mais cent ans ont passé et le Noir n'est pas encore libre. Cent ans ont passé et l'existence du Noir  est toujours tristement entravée par les liens de la ségrégation, les chaînes de la discrimination; cent ans ont passé et le Noir vit encore sur l'île solitaire de la pauvreté, dans un vaste océan de prospérité matérielle; cent ans ont passé et le Noir languit toujours dans les marches de la société américaine et se trouve en exil dans son propre pays. » 

Certain de la dimension historique de l’événement. Telle est la grandeur prophétique du pasteur King, et sachant le sens réel du terme « prophétique » — à savoir : doté d’une vision qui ouvre le terrain pour l’action concrète qui la voit se réaliser, on est d’emblée au cœur de la méthode d’action qui seule réalise la vision du pasteur King : la non-violence.

« La violence, dit-il,
est aussi inefficace qu'immorale. Elle est inefficace parce qu'elle engendre un cycle infernal conduisant à l'anéantissement général. »

Parole prophétique, et qui nous conduit au cœur de l’Évangile, puisqu’il ne faut pas négliger que c’est en tant que témoin de l’Évangile, témoin du Christ, au sens le plus fort du mot — témoin signifiant martyr — que le pasteur King a mené son action.

« Celui qui veut sauver sa vie la perdra » disait Jésus à Pierre qui s’apprêtait à le défendre, par l’épée s’il le fallait, pour qu’il ne meure pas. Tandis que Jésus, en acceptant sa mort, va mettre un terme à ce cycle infernal de la violence. En n’épargnant pas sa vie, il sauve l’humanité de sa propre violence, qui mène, on le sait désormais plus que jamais, à l’anéantissement général — il sauve donc même ceux qui le combattent. C’est une des victoires inhérentes à la non-violence et à la force de l’amour.

Martin Luther King est de ceux qui, plus que tout autre, l’ont compris et mis en pratique.

« Si au prix de sa mort, dira-t-il, un homme parvient à délivrer ses enfants et ses frères blancs d’une destruction spirituelle définitive, il n’est pas de sacrifice plus rédempteur ».


On a bien entendu, il sait qu’il combat non seulement pour la dignité des « noirs », mais aussi, et par là-même, pour le salut des « blancs ».

Combat non-violent. Et pourtant, il y aurait eu de quoi concevoir une colère terrible, une révolte violente… sachant l’humiliation quotidienne — à laquelle Mme Rosa Parks avait mis un terme symbolique en refusant en un désormais célèbre mois de décembre 1955 de se lever, dans le bus, d’une place censée être réservée aux blancs. Tout est parti de là.

La protestation aurait pu être violente — tout ce temps, ces années, ces siècles d’humiliation et de révolte contenue !

Martin Luther King a vaincu la violence par la non-violence et la force d’aimer, selon le titre d’un de ses livres. Un message radicalement universel qui retentit dans le monde et jusqu’en Europe, ici-même quarante après — un message qui porte en sa non-violence le dépassement d’une tragique concurrence des mémoires. Le souci de la liberté des « noirs » fait écho pour Martin Luther King au droit d’Israël, fondé sur une première libération de l’esclavage. Un message on ne peut plus œcuménique.

Un message universel, qui répond à la déclaration qui fonde la République américaine comme la République française : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Tous les hommes ? Question étrange ? C’est que nombre des proclamateurs de ces grandes déclarations n’y avaient pas spontanément inclus les non-« blancs » ni les femmes ! « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux » Tous ? Tous, répond définitivement Martin Luther King,— quel que soit leur taux de mélanine (qui détermine la couleur de la peau) ou leur taux hormonal (caractérisant le sexe)…


Un message universel : c’est l’héritage que nous offre Martin Luther King, un héritage qui se réalise à la force d’aimer qui a été celle du combat qu’il a mené et de la façon dont il l’a mené. Un combat qui non seulement sauve jusqu’à ses ennemis, mais signe le salut déjà avéré de celui qui le porte et qui le vit. Martin Luther King le dit en ces termes : « la haine trouble la vie, l’amour la rend harmonieuse. La haine obscurcit la vie, l’amour la rend lumineuse ».

 

R.P.

 

 

 

 

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Généalogie des protestantismes (8)

Par Rolpoup :: mercredi 20 mai 2009 à 11:27 :: KT Adultes

 

  

 

(Cf. Programme de l'année)

 8)               28 mai
- Pentecôtisme
- Théologies de libération & contextualisation
 


 

 

Les Églises pentecôtistes

 

Cf. http://www.museeprotestant.org/
Pages/Notices.php?scatid=64&noticeid=890&lev=1&Lget=FR

 

Le mouvement pentecôtiste représente aujourd'hui la confession à laquelle se rattache le plus grand nombre de protestants dans le monde. On l'évalue à 150 millions de fidèles environ.

En France son apparition date des années 1930 ; les «  Assemblées de Dieu » et « la Mission Evangélique Tzigane » en sont les expressions les plus importantes.

 

 

Historique

 

C'est en 1906 aux États-Unis avec l'évangéliste William James Seymour (1872 - 1922) que le pentecôtisme prend naissance d'une rencontre entre la spiritualité afro-américaine et certains éléments de la piété notamment méthodiste. Le mouvement se répand très rapidement dans tout le pays.

En raison de l'importance de la communication orale privilégiant l'action du Saint Esprit, le pentecôtisme séduit rapidement les pays du Tiers Monde. En Afrique, en Corée, en Chine et en Amérique latine, la formation d'Églises pentecôtistes, qui savent faire leurs des éléments de leur culture préchrétienne, est particulièrement importante.

En Europe le pentecôtisme est très présent en Europe de l'Est, en Suisse et en Scandinavie. En France la vitalité du Réveil né au XIXe siècle soucieux d'insuffler une foi plus vivante et plus missionnaire va se trouver « en phase » avec un mouvement qui s'appuie sur l'expérience que peut vivre chaque fidèle du «  baptême de l'Esprit «  qui lui confère des dons particuliers comme le parler en langues, le don de prophétie et le don de guérison.

Avec la fulgurante expansion des Églises pentecôtistes, dans les pays du Tiers Monde et en Europe de l'Est le mouvement a fait son entrée sur la scène œcuménique. Plusieurs rencontres entre le Conseil œcuménique des Églises (C.O.E.) et des Églises pentecôtistes ont eu lieu et 12 des plus importantes en sont membres. […]

 

La doctrine

 

Pour les pentecôtistes, il s'agit de revenir aux sources de l'Église primitive et de revivre l'expérience des temps apostoliques et plus particulièrement du jour de la Pentecôte. L'identité fondamentale du pentecôtisme est donc l'expérience du Saint-Esprit que les fidèles appellent le « baptême de l'Esprit » et dont le « parler en langues » ou glossolalie est le signe. Il s'agit soit de parler une langue compréhensible mais inconnue de celui qui s'exprime, soit le plus souvent d'une louange ou d'une prière qui n'utilise pas les mots d'une langue existante.

Le don de prophétie et le don de guérison -dont le pentecôtisme a fait un argument d'évangélisation- et tous les dons que l'on trouve dans le livre des Actes des Apôtres ou dans les Épîtres de Paul, sont considérés comme pouvant se manifester aujourd'hui... « à l'un est donnée par l'Esprit une parole de sagesse, à un autre une parole de connaissance ; à un autre le don des guérisons, à un autre le don d'opérer des miracles, à un autre la prophétie, à un autre le discernement des esprits à un autre la diversité des langues » — 1 Corinthiens 12 / 7-11.

Les Eglises pentecôtistes se situent dans la tradition protestante évangélique et se référent aux grands principes de la Réforme : le salut par la grâce, l'autorité de la Bible, le sacerdoce universel et se font les témoins de « l'Évangile aux quatre angles » : Jésus sauve, Jésus baptise, Jésus guérit, Jésus revient. […]

Les communautés charismatiques dont la naissance se situe à la fin des années 1970 sont le plus souvent issues du mouvement pentecôtiste. Mais elles transcendent les églises traditionnelles dans une recherche d'unité. Le catholicisme s'est fortement impliqué dans le renouveau charismatique mais il y a à l'intérieur du mouvement des courants très divers dont les caractéristiques sont très liées à la personnalité de leur fondateur.

 

 

Organisation des Églises pentecôtistes

 

L'organisation de ces Églises ressemble à celle des Églises baptistes ou de la plupart des Églises évangéliques. Un point pourtant les distingue : l'autorité accordée aux ministères surtout au ministère pastoral, en raison des dérapages possibles dus à l'origine populaire de ces communautés, et à la libre expression des dons de chacun.

Ces Églises sont également très indépendantes les unes des autres, chacune fortement rassemblée autour de son pasteur.

Les Églises pentecôtistes ne font pas partie de la Fédération Protestante de France à l'exception de neuf unions d'églises dont la Mission évangélique Tzigane (MLETF) est la plus importante avec environ 100.000 membres, plus de cent lieux de culte animés par une cinquantaine de pasteurs et 1200 prédicateurs.

Avec le temps, beaucoup de pentecôtistes sentent le besoin de renouer avec leurs racines et de manifester leur appartenance à la famille protestante. Le débat est aujourd'hui ouvert dans les Assemblées de Dieu

 

 

L'expansion du pentecôtisme

 

L'expansion fulgurante du pentecôtisme, en particulier dans les pays du Tiers-Monde, interroge et même irrite les autres Églises avec lesquelles il se trouve en concurrence. Certains sociologues ont remarqué que le développement des églises pentecôtistes coïncidait avec les mouvements de population des zones rurales vers les zones urbanisées. Y affluent des populations coupées de leurs racines culturelles et de leurs pratiques religieuses traditionnelles. Le pentecôtisme séduit alors par son culte chaleureux, par sa musique exubérante et rythmée, par la pratique du témoignage de vie qui permet de se relier à l'histoire de chacun et par les miracles qui ponctuent cultes et rassemblements et semblent montrer que Dieu est encore à l'œuvre aujourd'hui dans ces communautés.

La place importante laissée aux femmes dans certaines assemblées, prépare une façon très nouvelle de concevoir Dieu et une subversion en douceur de la théologie patriarcale multiséculaire des chrétiens.

La communication orale des ces Églises est également plus en phase avec ces populations que le côté intellectuel des Églises protestantes. Les communautés pentecôtistes fournissent ainsi un encadrement spirituel, moral et même parfois matériel, à des groupes humains ayant perdu leurs repères traditionnels.

Mais la formation théologique des pasteurs jugée insuffisamment poussée explique la méfiance des églises historiques envers le pentecôtisme, dont les communautés ont parfois été traitées de sectes ; mais la situation évolue et il est de plus en plus fréquent de voir des pentecôtistes souhaiter recevoir cette formation théologique qui leur fait défaut.

La méfiance existe aussi du côté des pentecôtistes, car très zélés dans l'évangélisation et même le prosélytisme, ils insistent sur une forme de piété très marquée ; et ils vont même jusqu'à penser que les chrétiens non pentecôtistes n'ont pas eux trouvé l'essentiel.

Comment le pentecôtisme va-t-il évoluer ? Va-t-il se rapprocher des Églises protestantes ? Va-t-il se démarquer d'un certain fondamentalisme biblique et opter pour une solide formation théologique de ses pasteurs ? Va-t-il se diluer à travers le mouvement charismatique ?

L'avenir du mouvement pentecôtiste est encore très ouvert.

 

 

La théologie de la libération

 

Cf. l’article de Marc MULLER :
http://www.reforme.net/archive2/article.php?num=3165&ref=1292

Et http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9ologie_de_la_lib%C3%A9ration

 

Née en Amérique latine à la fin des années soixante, la théologie de la libération n’est plus ce qu’elle était depuis la fin du communisme. […] 

 

L’option prioritaire pour les pauvres. Tel est le cœur de la théologie de libération. Une pratique – plus qu’une théologie spéculative – qui voit l’Église comme Église des pauvres et veut contribuer à leur libération sociale. Une théologie qui assume concrètement la dimension politique du message biblique et se propose de le réinterpréter à la lumière de la pratique et des combats de cette « Église des pauvres ». Ce mouvement théologique, né en Amérique latine, entend avant tout répondre à une situation d’urgence, de crise et de souffrance des masses, dans un contexte qui présente certes des caractéristiques propres au continent, mais qui est aussi constitué par une opposition idéologique qui divise alors le monde en deux blocs (communiste et capitaliste). Plutôt qu’une orthodoxie ou qu’une certaine application de principes, la théologie de la libération propose une orthopraxie et une théologie pratique. Cette option préférentielle pour les pauvres sera adoptée dans la déclaration finale de la Conférence générale de l’épiscopat latino-américain à Medellín, en 1968.

Le mouvement a été théorisé en 1972 par le théologien péruvien Gustavo Gutiérrez, un dominicain, dans son essai Théologie de la libération.

 

Le mouvement, voix du peuple opprimé, eut immédiatement une grande popularité en Amérique latine pour cause d'innombrables injustices perpétrées par les groupes militaires au pouvoir.

 

Il est lié à l'apparition de militants politiques des pays du Tiers-monde dont l'action partage un fondement politique et religieux : politiquement, proche du socialisme, qui insuffle à la religion chrétienne une valeur intrinsèque de mission libératrice du peuple de leur point de vue.

 

Ce courant théologique est devenu influent surtout au Brésil, au Pérou, au Chili et en Amérique centrale autour des figures de Gustavo Gutiérrez, Leonardo Boff et Jon Sobrino.

 

La théologie de la libération influence aussi le protestant brésilien Rubem Alves.

 

 

Dans le monde

 

En France, ce courant théologique a été représenté par les mouvements ouvriers d'Action catholique, en particulier la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC). Il influence aussi le protestantisme, notamment Georges Casalis, président de la Commission générale d'évangélisation (CGE) de 1974 à 1983, et qui mourra au Nicaragua.

 


Une méthode théologique

[…] Le projet est de travailler à partir d’un raisonnement inductif (« dis-moi d’où tu parles »), qui doit se substituer au raisonnement déductif (les conclusions sont déduites à partir d’une doctrine, d’un magistère). La réflexion théologique doit être informée par une analyse de la réalité nourrie des sciences sociales. Cette méthode s’applique aussi à la lecture de la Bible, elle sert de base à une pédagogie dite « de conscientisation » (Paolo Freire) et donne lieu à une réécriture de l’histoire de l’Église.

La théologie de la libération s’articule autour de quelques concepts fondamentaux :

– les « pauvres » identifiés au peuple de Dieu et qui donnent lieu à une relecture systématique des Écritures pour mettre en évidence qu’ils sont les sujets de l’histoire ;

– la notion de « péché structurel » se démarque d’une approche qui ne considère que les relations entre Dieu et des individus ; il s’agit de montrer que le péché a aussi une dimension sociale, collective ;

– la « libération » est collective et prend racine dans l’histoire des Hébreux ;

– la « suivance » du Christ implique un engagement solidaire ;

– le « royaume de Dieu » qui se réalise dans l’histoire, à partir de l’Église des pauvres et non de l’Église pour les pauvres.

Très rapidement, la théologie de la libération est perçue comme une menace tant par certains responsables ecclésiastiques que par des politiques, globalement conservateurs. Elle est combattue par Jean-Paul II dès les débuts de son pontificat, à partir de 1978, comme axe exclusif de la pastorale. La Congrégation romaine pour la doctrine de la foi (présidée par le cardinal Ratzinger) l’accuse de marxisme, et dirige la reprise en main systématique de l’épiscopat et du clergé régulier.

D’autre part, l’administration des États-Unis porte l’offensive sur les terrains politique et militaire, mais aussi sur le terrain religieux où elle semble s’appuyer sur des campagnes missionnaires d’évangélistes étrangers.


Le tournant de 1989

Mais il faut aussi signaler le rôle critique de théologiens qui, tout en exprimant leur sympathie avec les luttes sociale et politique pour la justice, n’en critiquent pas moins une certaine idéalisation des « pauvres » et mettent en évidence les limites de la méthode « inductive ».

C’est dans ce contexte que se produit le tournant de 1989 consacrant la fin du communisme. Progressivement, avec la chute du rideau de fer, un virage est pris. C’est la fin des visions révolutionnaires et des mouvements internationalistes voués au changement de société. Dans le champ théologique, cela se traduit par un virage ecclésial : la priorité n’est plus donnée à l’instauration d’une société égalitaire par le biais d’une Église populaire. On privilégie la perspective de l’inculturation de l’Évangile […] par l’émergence de théologies autochtones, noires, métisses, populaires ou féministes. De nouvelles questions font leur entrée dans la réflexion théologique, en particulier celles liées au défi écologique, ou encore celles qui essaient de penser un monde nouveau, dit « postmoderne ». […]


L’option pentecôtiste 

L’échec de l’
Église catholique ou de « l’Église populaire » à unifier l’Amérique latine est un constat. Malgré certaines dynamiques interconfessionnelles nationales ou continentales, on peut observer une atomisation des Églises. La fragmentation des théologies et des courants qu’elles traduisent est favorisée par la « contextualisation » de la foi […].

De la proclamation d’une eschatologie historique et politique, on est passé à une eschatologie de type apocalyptique. La « pentecôtisation » de nombreux secteurs en Amérique latine, jusque dans les Églises historiques, s’est imposée. […]

 

 

Une théologie noire de la libération

 

La théologie de la libération influença aussi la Black theology (« Théologie noire ») qui prônait, notamment aux États-Unis et en Afrique du Sud, l'émancipation des Noirs et une lecture parfois afrocentriste de la Bible. Ainsi, James Cone, membre de l'Église épiscopale africaine méthodiste, publie en 1970 A Black theology of Liberation (« Une théologie noire de la libération »). Aux États-Unis, la théologie de la libération se posait notamment en adversaire de l'aile conservatrice de l'Église protestante la plus influente dans le Sud, la Southern Baptist Convention (SBC), qui justifiait l'esclavage à l'aide de la Bible. Bien que les membres progressistes de la SBC ont soutenu le mouvement des droits civiques après 1964, la hiérarchie n'a fait une « déclaration de repentance » qu'en 1995.

 

Sous l'apartheid, la théologie de la libération et la Black theology ont été des sources influentes du Black Consciousness Movement (Mouvement de Conscience noire). Ainsi, Desmond Tutu, le futur Prix Nobel de la paix, qui prêcha lors des funérailles de Steve Biko en 1977, figure historique du Black Consciousness Movement, était et demeure proche de ces théologies.

 

 

 

 

 

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KT ados - Séance du 16 mai 2009

Par Rolpoup :: dimanche 10 mai 2009 à 11:45 :: KT Ados

 

Chrétiens dans le monde d’aujourd’hui

 

 

 

Année 2008-2009

 

 (Cf. Programme de l'année)

 

16 mai 2009

Par Christiane Fisher :

                      

GRANDE FIGURE DU PROTESTANTISME

ALBERT  SCHWEITZER


 

 

 

A plus d’un titre, Albert Schweitzer (1875 – 1965) fait figure de précurseur : théologien mais aussi médecin pionnier de l’humanitaire, pasteur mais aussi philosophe pionnier de l’écologie.  De l’Alsace au Gabon, où il fonde un hôpital en 1913, se tresse une vie partagée entre la pensée, la médecine et la musique d’orgue.  Une existence faite d’urgence et de fraternité, d’un sens éthique universel, que viendra couronner, en 1952, le prix Nobel de la paix.

 

Pour une grande majorité de gens Albert Schweitzer fut surtout connu en tant que médecin à Lambaréné, Gabon, où il fonda un hôpital.  Cependant il naquit en Alsace à Kaysersberg le 14 janvier 1875, d’un père pasteur (Louis) et d’une mère, elle-même fille de pasteur, Schillinger de son nom de famille, et Albert Schweitzer lui-même fut avant tout pasteur.  Peu après sa naissance la famille Schweitzer va habiter Gunsbach, village près de Munster en Alsace où son père exercera un ministère pastoral de plus de 50 ans jusqu’à sa mort en 1925.  Albert Schweitzer vécut dans ce village une enfance heureuse mais dans une région de France alors sous la domination allemande (de 1870 à 1918).  Cependant Gunsbach deviendra une localité complètement inséparable du nom d’Albert Schweitzer.  Après la mort de ses parents Schweitzer fera construire à Gunsbach en 1929 une maison où il reviendra régulièrement, grâce au prix Goethe de la ville de Francfort reçu l’année précédente.  Un autre lieu inséparable du nom d’Albert Schweitzer est Lambaréné, au Gabon, faisant alors partie de l’Afrique Équatoriale Française, où il fondera son hôpital à l’orée de la forêt vierge, en 1913, et où il mourra le 4 septembre 1965, peu après avoir fêté son 90ème anniversaire.

La maison de Gunsbach est aujourd’hui le centre rayonnant de la pensée d’Albert Schweitzer et l’hôpital de Lambaréné attire lui aussi bien des visiteurs.  Il est toujours en activité et en pleine expansion.

 

C’est à l’université de Strasbourg qu’Albert Schweitzer fait ses études de théologie (1893-1898), conjointement d’ailleurs à des études de philosophie et d’orgues.  De 1903 à 1906 il est directeur du séminaire de théologie protestante St Thomas à Strasbourg et de 1902 à 1912 il est enseignant à la faculté de théologie protestante de Strasbourg et aussi de 1899 à 1811 il est vicaire de la paroisse de St Nicolas de Strasbourg où on lui confie le ministère de catéchète et de prédicateur.  Évoquant ce ministère de la prédication, qui fut le sien tout au long de sa vie, Schweitzer dira, surtout, de ce service accompli fidèlement la joie qu’il lui a procuré autant à Strasbourg qu’à Lambaréné où les sermons de Schweitzer devaient être traduits en deux dialectes et cela chaque dimanche matin.  Schweitzer a ainsi prêché avec persévérance et cela malgré la fatigue qui a été le lot de toute sa vie surtout quand il mènera de front son ministère pastoral, son enseignement, ses recherches théologiques, ses études de médecine et ses études d’orgues accompagnées de fréquents concerts à Paris.  Schweitzer commencera à vivre une lutte contre la fatigue, de fait interminable et cela jusqu’à sa mort.

A l’âge de 21 ans Schweitzer, pendant les vacances de la Pentecôte décida de vivre la vie de pasteur, la science et la musique jusqu’à l’âge de 30 ans. «  Ensuite quand la science et la musique m’auraient apporté ce que je cherchais je voulais m’engager dans une voie d’aide directe.  Ce que cette voie serait les circonstances me le feraient découvrir entre-temps. »  Dans cette attente de transformer la parole en action pour Schweitzer (mettre la parole en pratique), la musique eut toujours un rôle primordial pour lui. Les deux activités que Schweitzer exerça pendant toute sa vie furent la prédication et la musique en jouant de l’orgue.

Schweitzer prit avec son père ses premières leçons de piano à l’âge de cinq ans.  A sept ans il étonna sa maîtresse d’école en jouant à l’harmonium des mélodies de chorals avec des harmonies de son invention.  A huit ans il commença à jouer de l’orgue alors qu’il avait à peine les jambes assez longues pour atteindre les pédales.  A neuf ans il fut autorisé à remplacer l’organiste au culte.  A l’âge de seize ans il tint pour la première fois les orgues de l’Église St Etienne à Mulhouse à l’occasion d’un concert dirigé par son professeur, Eugène Münch, en interprétant le Requiem de Brahms.  Eugène Münch fut son maître de musique pendant huit ans et il l’initia à Jean Sébastien Bach.  Son autre professeur fut Charles Marie Widor, alors professeur au conservatoire de Paris et titulaire des orgues de l’Église Saint-Sulpice à Paris.  Ainsi trouve-t-on Schweitzer pour un semestre à Paris, à la fois inscrit en philosophie à la Sorbonne et étudiant l’orgue avec Widor.  Schweitzer écrit : »Il m’arrivait parfois de me rendre le matin à ma leçon d’orgue chez Widor, sans m’être couché la veille »,  car il travaillait alors à sa thèse de doctorat en philosophie.  Rappelons que Schweitzer fut l’organiste de la Société Bach de Paris en 1906.  On ne peut ici que redire que Schweitzer fut un travailleur acharné toute sa vie durant et qu’il devait cela à une santé très robuste.  Schweitzer aurait pu devenir organiste professionnel et vivre ainsi de son art.  Ses concerts qu’il donne à travers l’Europe seront presque tous destinés à recueillir des fonds pour l’hôpital de Lambaréné.  Schweitzer jouait sans cesse de l’orgue et ne cessait pas de s’exercer.  Quand il n’avait pas d’instrument (par exemple sur le bateau qui le ramena en France en 1917) il apprenait par cœur des fugues de Bach ou tout autre morceau.  Il jouait alors en utilisant une table comme clavier, et le sol, comme pédalier, dessinés à la craie.  A Lambaréné il disposait d’un instrument spécialement construit pour lui et adapté au climat équatorial très humide, un piano à pédalier que lui offrit la Société Bach de Paris.  Il écrira d’ailleurs un livre sur Bach et des ouvrages sur l’orgue : »l’art de construire des orgues et l’art de l’orgue en France et en Allemagne. (Voir page 38).  Schweitzer milite pour la sauvegarde et la restauration d’orgues anciennes,  de grande qualité.  Schweitzer estimait qu’une œuvre de Bach est de l’ordre de la prière et du culte et il inscrivait au début et à la fin de ses partitions la belle et fameuse devise des protestants « A Dieu seul la gloire ! – Soli Deo Gloria ! »

 

Schweitzer fut fidèle à sa pensée, il écrit à un ami en 1908 : »Il m’est apparu clairement que telle devra être ma vie, non pas consacrée à la science ni à l’art, mais au service des hommes, en étant moi-même simplement homme et en réalisant le peu que je saurai réaliser, dans l’esprit de Jésus… Ce que vous aurez fait ici pour le plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’aurez fait ».

Schweitzer entreprit des études de médecine de 1906 à 1913 à Strasbourg ainsi qu’à Paris où au printemps 1912 il étudiera la médecine tropicale à l’Institut des maladies coloniales.  Quitter, pour devenir médecin missionnaire en Afrique, son enseignement universitaire et sa paroisse fut pour lui un réel arrachement.  Trois renoncements lui furent en effet très douloureux et finalement, ne s’avérèrent pas tels : renoncement de l’orgue d’abord, mais le fameux piano à pédalier lui permit en Afrique d’atteindre un niveau technique supérieur, le renoncement à son enseignement universitaire de Strasbourg, mais son départ va bientôt lui permettre d’être invité à donner des conférences dans d’innombrables universités en Europe, le renoncement à son indépendance matérielle, mais ses droits d’auteurs, d’une part et ses récitals d’orgues vont lui rendre une part considérable de cette liberté première, apparemment perdue.

Que le commandement de l’amour de Dieu et du prochain, étroitement unis, inspirent la conduite chrétienne, qu’ils dominent l’Évangile du Christ paraît une évidence à Albert Schweitzer.  Il fut ainsi consterné et profondément attristé quand, annonçant à ses proches en octobre 1905 sa décision de faire des études de médecine pour devenir missionnaire en Afrique, il ne rencontra sur son chemin que sarcasmes, dénonciation d’une décision absurde que l’on jugeait même dictée par l’orgueil. « Je fus frappé de voir combien ils étaient loin de comprendre que le désir de servir l’amour prêché par Jésus pût orienter un homme dans une voie nouvelle ».  En 1912 Schweitzer devra se retirer à Gunsbach, au presbytère paternel, dans un état de fatigue, voir de dépression, qui l’obligera à remettre de dix mois son départ pour Lambaréné.  C’est cette même année qu’il épouse le 18 juin, Hélène Bresslau, dont les parents étaient juifs, et qui était infirmière et le secondera bientôt en Afrique.  Une fille naîtra en 1919, Rhéna, et elle vivra par la suite aux États-unis.

Le départ de Gunsbach aura lieu le 21 mars 1913, le jour du vendredi Saint et l’arrivée en bateau à Lambaréné le 16 avril.  L’embarquement se fit à Bordeaux.  C’est ainsi que commença le premier séjour au Gabon de 1913 à 1917.  Au cours de sa vie on compta 14 séjours plus ou moins longs à Lambaréné où Schweitzer et sa femme sont enterrés.  La plus longue absence de son hôpital de 1917 à 1924 est due à la Première Guerre Mondiale, la plus longue présence de 1939 à 1948 à la deuxième.

 

L’hôpital de Lambaréné fut bâti d’abord sur un terrain de la station de la Société des Missions de Paris et c’est un poulailler qui constitua la salle de consultation.  Très vite les malades affluèrent et cela avant même que Schweitzer se fût installé, aussi simple fût cette installation les premiers jours (voir l’Orée de la Forêt Vierge).  Le manque de place contraindra Schweitzer à transférer son hôpital en 1927 sur un terrain mieux adapté situé à 3 kms en amont du fleuve,

L’Ogooué.

Pendant la guerre Schweitzer fut contraint de quitter son hôpital en 1917, ayant été fait prisonnier avec sa femme.  Les Français l’arrêtèrent en tant que ressortissant allemand.  Il ne retournera à Lambaréné qu’en 1924 et ces sept années furent les plus noires de son existence ayant à subir deux opérations consécutives à son internement d’abord dans les Hautes Pyrénées à Garaison puis à Saint Rémy de Provence où il passa son temps à soigner les malades.  De 1919 à 1921 il rejoint l’Église de St Nicolas de Strasbourg et même il fut vicaire de son père à ce moment là à Gunsbach.  Il donna des récitals d’orgue en Suède, fut assistant des Hôpitaux de Strasbourg en dermatologie et publia deux tomes sur la civilisation et l’éthique.  Mais sa décision était prise et il lui fallait repartir pour Lambaréné.  Sa volonté était inébranlable. 

 

La grande originalité de Schweitzer à l’hôpital de Lambaréné était qu’il l’avait conçu en tant que village hôpital.  On y accueillait les malades venus de très loin ainsi que leur famille.  Cela permettait aux patients de vivre là une vie pareille à celle qu’ils avaient chez eux, d’être entourés de leur proche qui, eux, accomplissaient les tâches ménagères.  Ce refus de couper les malades de leur famille n’est-il pas une des demandes et des recherches premières du monde hospitalier le plus moderne aujourd’hui ?  Cette méthode était tout simplement humaine.

Deux vertus dont Schweitzer a toujours fait preuve sont l’enthousiasme et la volonté. Schweitzer a toujours gardé en lui une capacité d’enthousiasme, dont il pense qu’elle caractérise la jeunesse, dans tout sa force vive, ses élans généreux, ses révoltes et sa soif d’idéal.  La deuxième qualité qui se dégage de la vie d’Albert Schweitzer est celle de la volonté.  Notre pauvre volonté proprement humaine doit se fondre en Dieu et se confondre avec celle toute puissante de Jésus.  « Soyons convaincus que, dans la mesure de nos moyens, nous devons, dans l’espérance et la peine, être des ouvriers contribuant à établir la volonté de Dieu autour de nous. »

 

Schweitzer se disait lui-même moins voué à la théologie qu’à la philosophie et en 1899 il obtint son doctorat de philosophie.  Sa thèse fut consacrée à « La philosophie de la religion de Kant. Dès 1899 Schweitzer eut l’idée de  travailler à une lecture critique de la civilisation et des philosophies qui la sous-tendent.  Ce livre, Philosophie de la civilisation paraîtra en allemand en 1923 en deux tomes : Le déclin et la Restauration de la civilisation et La civilisation de l’éthique.  Cet ouvrage paraîtra en français en 1976 sous deux noms différents : »La civilisation et l’éthique » qui reprendra tout le volume 1 de la version allemande plus les six derniers chapitres du Tome 2 et en 1979 « La paix par le respect de la vie » qui reprendra les premiers chapitres et l’important avant-propos du tome 2 de la version allemande.  Dans son livre La Civilisation de l’Éthique cinq traits principaux caractérisent la faillite de la civilisation :

L’asservissement de l’homme moderne qui ne connaît plus de véritable indépendance personnelle, le surmenage où le travail est vu sous l’angle du seul rendement, une spécialisation à outrance avec des êtres humains morcelés, une déshumanisation de l’être humain de plus en plus gagné par l’indifférence aux autres, enfin une organisation qui nous domine et qui nous échappe avec le règne totalitaire de l’administration, des intérêts économiques.  Une pensée très moderne, finalement. « Dans une civilisation authentique, l’homme conduit aussi sa réflexion  dans le sens d’une maîtrise de l’esprit, par et pour l’esprit ».  Un renversement et un retournement sont nécessaires pour retrouver le chemin d’une réflexion personnelle concernant à la fois le sens de notre vie et celui de … la vie.  Il convient de réconcilier la civilisation et l’éthique.  Cette dernière seule sortira la philosophie des discours sur discours, des théories abstraites de la connaissance. Il y a bien chez Schweitzer une dimension existentialiste de sa pensée.  Il ne faut pas oublier que le grand-père maternel du philosophe Jean-Paul Sartre (Charles Schweitzer) était le frère du père d’Albert Schweitzer, Louis Schweitzer.  Ils étaient donc petits cousins.  Ils se sont bien connus et avaient beaucoup de respect l’un pour l’autre, contrairement à ce qu’on a bien voulu dire.

Au sujet du colonialisme, Schweitzer en souligne les méfaits au cours de ses prédications (p 76).  Enfant il fut fasciné par une statue du sculpteur Bartholdi (auteur de la statut de la liberté à New York) qui se dressait à Colmar, ville d’origine du sculpteur.  De cette statue, dont Schweitzer dit qu’elle orienta ses rêves d’enfants « vers des horizons lointains », il écrit ceci en parlant de Bartholdi : »Il a sculpté dans la pierre un nègre qui est bien l’une des plus émouvantes créations de son ciseau ; une figure herculéenne, au visage triste et méditatif.  J’étais tout préoccupé par ce nègre.  Toutes les fois que nous allions à Colmar, je cherchais l’occasion de la contempler.  Son front me parlait des souffrances du continent noir.  C’est un pèlerinage que je ne manque jamais quand je vais à Colmar. »  Cette statue n’existe plus mais Schweitzer en a retrouvé la tête qui est exposée à la maison de Gunsbach, aujourd’hui, un Musée, cette tête exposée au-dessus du lit, dans la chambre de Schweitzer.

 

Schweitzer s’est fait l’apôtre de la douceur, dénonçant la violence, surtout celle des armes.  Schweitzer voyait dans l’armement atomique une menace mortelle.  Il fit sur les ondes de la radio norvégienne plusieurs allocutions traduites en plusieurs langues en 1957 et 1958 contre les expériences et l’armement atomique.  En 1953 le prix Nobel de la paix lui avait été décerné.  Il le reçut à Oslo en 1954 où il parla du problème de la paix à la remise de son prix.

 

Albert Schweitzer avait une préférence particulière pour l’histoire à l’école.  C’est sur les ouvrages historiques que se concentrera d’ailleurs sa rage de lecture.  Cet intérêt pour l’histoire est lié en réalité à sa recherche et à son amour de la vérité.  Selon Schweitzer on a beaucoup trop souvent mis en doute les paroles de Jésus parce qu’elles nous dérangeaient.  Le fait de contester la vérité historique de tels passages bibliques est, pour Schweitzer un acte de pure violence et correspond à des manœuvres destinées à accommoder les paroles de Jésus à notre manière actuelle de voir les choses au lieu de les accepter dans leur troublante vérité.  C’est en faisant son service militaire, alors qu’il est encore étudiant qu’il relit dans le texte grec le Nouveau Testament et notamment les chapitres 10 et 11 de l’Évangéliste Matthieu, et qu’alors s’impose à lui que ce qu’il en comprend s’oppose tout à fait avec ce qu’on lui enseigne à la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg.  « Le mystère du Royaume de Dieu contient le mystère total de la conception chrétienne du monde »  Pour comprendre Jésus il ne s’agit pas tant de comprendre le mystère de la rédemption, une œuvre passée mais il s’agit de regarder vers celle à venir du Royaume promis.  Schweitzer publia deux gros pavés sur Jésus : Histoires des recherches sur la vie de Jésus paru en 1906 et complété en 1913 puis un livre sur La Mystique de l’apôtre Paul en 1930.  Le dernier ouvrage théologique écrit par Albert Schweitzer sera écrit en 1950-1951 : »Royaume de Dieu et Christianisme »  Schweitzer y déclare : »Le Christianisme est en son essence une religion de la foi en la venue du Royaume de Dieu ».  Cette foi n’est pas une religion passive ; elle n’est ni un dogme improductif, ni un rite stérile ; Elle est une attitude éthique où triomphe, portée par une espérance invincible une relation d’amour entre Dieu et les hommes.

 

Finalement on sait que toute l’éthique de Schweitzer, c’est à dire l’ensemble de ses règles de conduites se résume dans la formule bien connue du Respect de la Vie.  La conception du monde telle que la veut Schweitzer aboutit à une affirmation éthique du monde et de la vie, et non pas en une reconnaissance purement abstraite, celle de philosophies  déconnectées de la réalité.  Le respect de la vie correspond ainsi aussi à l’amour du prochain, tel que l’enseigne Jésus et nous l’apporte l’Évangile, mais élargi à une dimension universelle, où le monde animal et végétal aussi soit pris en compte.

 

Conclusion

 

Quand on ouvre le dictionnaire à la rubrique Albert Schweitzer voici les mots que l’on y trouve : »Théologien, philosophe, musicien, musicologue et médecin missionnaire français ».Cette énumération nous en dit long sur la qualité d’intellectuel que fut Schweitzer mais ce penseur aux dons si diversifiés fut également un manuel.

 

Ses mains furent d’abord celles de l’organiste courant sur le clavier pour interpréter Bach.  Elles furent aussi celles du chirurgien de Lambaréné, mais aussi celle du chef de chantier, construisant et reconstruisant son hôpital de ses propres mains.  Ses mains furent celles d’un homme dont l’action humanitaire montre qu’il sut tendre la main.  Elles furent aussi celles du penseur, la plume à la main.  Ses mains ne sont-elles pas aussi celles du pasteur, faisant la bénédiction à la fin du culte.  Il consacrera deux prédications à cette bénédiction du verset 7 au chapitre 4 du livre de l’apôtre Paul aux Philippiens : »La paix de Dieu qui dépasse toute intelligence garde vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ ».  Albert Schweitzer met la dernière main à son autobiographie évoquant sa vie et sa pensée en 1931 et c’est encore la foi du croyant, du mystique et du pasteur qu’il apparaît aux dernières lignes de son ouvrage : »J’ai conservé la foi que j’avais dès mon enfance » puis plus loin : »Je considère avec calme et humilité le travail à venir afin d’être prêt à y renoncer un jour s’il le faut.  Mais, actifs ou souffrants, nous devons faire preuve du courage de ceux qui ont lutté et sont parvenus à cette paix qui surpasse toute connaissance. »

 

La vie d’Albert Schweitzer n’est-elle pas vraiment, avec cette conversion vers la médecine et Lambaréné, une vie prise en main ?

 

 

 

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