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Bible & textes fondateurs (5)Par Rolpoup :: mercredi 27 février 2008 à 20:37 :: KT Adultes
5) 28 février 2008 Il s'agit, avec les autres écrits chrétiens anciens, dits apocryphes, d'un ensemble hétérogène de textes dont les dates de rédaction sont variables et qui se situent en marge du christianisme orthodoxe, témoignant en particulier des tendances judéo-chrétienne et gnostique. Des textes qui n’ont pas été retenus dans le canon du Nouveau Testament. Cf. : Écrits apocryphes chrétiens, 2 vol., coll. La Pléiade, Gallimard. Écrits gnostiques. La bibliothèque de Nag Hammadi, La Pléiade, Gallimard. · Actes d'André · Actes d'André et Matthieu · Actes d'André et Paul · Actes d'André et Pierre · Actes de Barnabé · Actes de Jacques · Actes de Jean · Actes de Jean selon le Pseudo-Prochore · Actes de Jean à Rome · Actes de Marc · Actes de Paul · Actes de Philippe · Actes de Pierre · Actes de Pierre et des douze apôtres · Actes de Pilate ou Évangile de Nicodème · Actes de Thaddée · Actes de Thomas · Actes de Timothée · Actes de Tite · Apocalypse d'Esdras · Apocalypse d'Étienne · 1re Apocalypse de Jacques · 2e Apocalypse de Jacques · 1re Apocalypse de Jean · 2e Apocalypse de Jean · 3e Apocalypse de Jean · Apocalypse de Paul · Apocalypse de Pierre · Apocalypse de Sedrach · Ascension d'Isaïe · Correspondance de Paul avec les Corinthiens (Ac Paul X) · Correspondance de Paul et de Sénèque · Doctrine de l'apôtre Addaï · Dormition de Marie du Pseudo-Jean · Eloge de Jean-Baptiste · Livre de la révélation d'Elkasaï · Épître des apôtres · Epître aux Laodicéens · Epître à Lentulus · Epître de Pierre à Philippe · 5 Esdras · 6 Esdras · Évangile arabe de Jean · Évangile arménien de l'Enfance · Évangile de Barnabas · Évangile de Gamaliel · Évangile de Judas · Évangile de Marie-Madeleine · Évangile de Philippe · Évangile de Pierre · Évangile du Pseudo-Matthieu · Évangile secret de Marc · Évangile selon Thomas · Fragments évangéliques · Histoire de l'enfance de Jésus ou Évangile de l'enfance selon Thomas · Histoire de Joseph le charpentier · Histoire de la Vierge · Homélies du Pseudo-Clément · Légende de Simon et Théonoé · Livre de la nativité de Marie · Livre de Thomas l’athlète · Odes de Salomon · Protévangile de Jacques · Questions de Barthélemy · Reconnaissances du Pseudo-Clément · Livre de la Résurrection de Jésus-Christ selon l'apôtre Barthélemy · Testament du Seigneur · Vie de Jésus en arabe Sur la Gnose Gnose, du grec gnwsiV / gnôsis = « connaissance ». Ce qui caractérise les mouvements gnostiques n’est pas tant cette « connaissance », que d’autres traditions prétendent aussi posséder, que la définition de Plotin : « Ceux qui disent que le Démiurge de ce monde est mauvais et que le Cosmos est mauvais ». Selon les témoignages des historiens anciens, c’est dans un cadre géographique allant de la vallée du Jourdain à l’Asie Mineure que les mouvements gnostiques se manifestent à l’époque des apôtres, avec Simon à Samarie, Nicolas à Antioche. Ils appuient leur réflexion sur des textes bibliques, et des textes considérés aujourd’hui généralement comme apocryphes. Comme le Livre d'Hénoch. Les mouvements gnostiques prospèrent notamment à Alexandrie, autour de Basilide, Carpocrate et Valentin. Mais aussi ailleurs, en Occident jusqu’à Rome où Valentin est allé, et en Espagne. En Asie, de nouveaux inspirés surgissent : notamment Mani (manichéisme) qui fait une vaste synthèse des nombreux enseignements. De l’Orient, le gnosticisme, via le manichéisme, s’étendit jusqu’à la Chine. La plupart des essais anciens ont, faute de pouvoir s’appuyer sur des documents gnostiques originaux, hérité des erreurs d’appréciation des réfutateurs chrétiens qui combattirent les sectes, aux IVe et Ve siècles, qui parfois se recopient les uns les autres. L'une des principales sources concernant le gnosticisme est Irénée de Lyon (IIe siècle). Il décrit dans les détails les doctrines gnostiques qu'il combat, de manière à prouver qu'il n'y a que peu de choses en commun entre la gnose et le christianisme. L'une des principales différences entre gnose et christianisme orthodoxe, selon les adversaires de la gnose, tient à la conception du Salut. Le christianisme « exotérique » le propose à tous tandis que la gnose, dans son « ésotérisme », le réserve aux initiés. Des réfutateurs, les plus anciens témoignages datent du Nouveau Testament, qui dénonce les hérésies et les faux prophètes, dont Simon de Samarie et les Nicolaïtes — selon Irénée disciples du diacre Nicolas. Pour la période jusqu’au IIIe siècle, on ne possède que les récits des hérésiologues, c'est à dire les réfutateurs des gnostiques. L’établissement d’une histoire précise des mouvements gnostiques est sans doute impossible à cause de ce flou, et des livres dont les titres changent d’une version à l’autre et dont les véritables auteurs restent anonymes. Sur la période du IIIe au Ve siècles, les sectes se sont étendues en Égypte, où le sable conserva des écrits en copte. C’est pourquoi on retrouva, à partir de 1800, des textes dans les nécropoles égyptiennes. L’Évangile de Marie, le Livre secret de Jean et la Sophia de Jésus-Christ ont été achetés en 1896 en Égypte, dans un même lot de parchemins. En décembre 1945, plus de 40 écrits perdus furent retrouvés dans une jarre à Nag Hammadi. Mais Nag Hammadi est mieux connue d'un point de vue archéologique et théologique pour la découverte faite en décembre 1945 au pied du Gebel Et-Tarif (la montagne environnante) de manuscrits religieux et philosophiques datant du IVe siècle : la bibliothèque de Nag Hammadi. Des paysans trouvèrent une jarre scellée renfermant treize codices (livres) emballés dans des étuis de cuir. Une véritable bibliothèque, donc, écrite en langue copte, qui allait déchaîner les passions jusqu'à nos jours. Avec notamment, parmi cet ensemble de 1200 pages, l'Évangile selon Thomas. Autre découverte — pas à Nag Hammadi : l’Évangile de Judas, qui est un manuscrit en papyrus de 26 pages écrit en copte dialectal, datant du IIIe siècle ou du IVe siècle (entre 220 et 340 après J.-C.). Il fait partie d'un codex d'une soixantaine de feuillets (entre 62 et 66 suivant les sources) appelé « Codex Tchacos », contenant aussi deux textes apocryphes : l'Épître de Pierre à Philippe et la Première Apocalypse de Jacques, qui se trouvent aussi dans les manuscrits de Nag Hammadi. Ce codex a été vraisemblablement découvert en 1978, dans les sables du désert égyptien près de El Minya. On a désormais suffisamment d’écrits pour se faire une idée pas trop dépendante des réfutateurs. Le nombre des Écrits chrétiens dits apocryphes (cf. la liste globale ci dessus) est à présent considérable… Quelques « gnostiques » (portraits devant beaucoup aux réfutateurs !): Simon le Magicien Il est vu comme le premier hérétique et l’ancêtre de toutes les hérésies. Ses disciples sont devenus gnostiques après la catastrophe de 70 — formant la secte des séthiens ? Il aurait été adoré comme le « premier Dieu », et sa compagne Hélène, découverte par Simon dans un bordel de Tyr, aurait été considérée comme la dernière et la plus déchue incarnation de la « Pensée » de Dieu. Rachetée par Simon, elle serait été devenue le moyen de la rédemption universelle ; l’union du magicien et de la prostituée assurant le salut universel, étant en réalité la réunion de Dieu et de la Sagesse divine. Selon la légende, Simon annonça à Rome son ascension au Ciel, mais la prière de l’apôtre Pierre le fit retomber lamentablement. Basilide Basilide exerça son activité de 125 à 155 à Alexandrie. Il fut un des premiers maîtres gnostiques. Il écrivit 24 livres d’exégèse de l’Écriture, synthèse des doctrines enseignées par les disciples de Simon le Magicien. Mais c’est surtout par ses observations critiques qu’on connaît ses idées, reprises par son disciple et fils Isidore, puis par toute une école théologique. Il professait la transcendance absolue de Dieu, de qui la Pensée, puis la Parole, puis la Prudence, la Sagesse et la Force avaient émané. De là étaient sortis les anges et les puissances constituant le premier ciel, puis les 365 cieux qui séparaient Dieu du groupe des anges les plus modestes, lesquels avaient créé le monde et s’étaient réparti entre eux les peuples. Le Dieu vétéro-testamentaire était un personnage querelleur et autoritaire qui avait semé le désordre et dont le peuple était constamment agressif. Dieu intervint alors en envoyant dans le monde sa Pensée comme Christ. À tous les niveaux, sauf le plus élevé, l’ignorance conduisait chacun des êtres célestes intermédiaires à se prendre pour le Dieu Suprême. Le salut était apporté par la Connaissance (Gnôsis) révélée par le Christ et les maîtres inspirés. Avec cette gnose, le Mal était surmonté puisqu’il n’était que l’œuvre du méchant Dieu vétéro-testamentaire. La souffrance des justes était vue comme une expiation pour les péchés de chacun des croyants. Valentin Très important maître gnostique. Il naquit en Égypte et fut éduqué à Alexandrie. Il enseigna à Rome entre 135 et 160. L'Évangile de vérité, ainsi que d’autres textes découvert à Nag Hammadi, se rattachent à l’école valentinienne. D’entre les grands gnostiques, il n’y a guère que les valentiniens qui, lorsqu’ils se réfèrent aux enseignements chrétiens, le fassent d’après les évangiles canoniques. Le Père, Premier principe absolu et transcendant, est invisible et incompréhensible. Il s’unit à sa compagne, la Pensée (Ennoia) et engendre les 15 couples des éons, formant le Plérôme. Le dernier des éons, Sophia, veut connaître le Père et provoque une crise qui entraînera l’apparition du mal et des passions. Sophia et ses créations sont rejetées, produisant une sagesse inférieure. En haut, un nouveau couple est créé, le Christ et son partenaire féminin le Saint-Esprit. Le Plérôme, de nouveau pur, engendre le Sauveur Jésus. En descendant dans les régions inférieures, le Sauveur mélange la matière, provenant de la sagesse inférieure (hylique), avec les éléments psychiques, engendrant le Démiurge, le dieu de la Genèse, qui se croit seul Dieu. Celui-ci crée le monde et le peuple de deux catégories d’hommes, les hyliques et les psychiques. Mais des éléments venant de la Sophia supérieure s’introduisent dans le souffle du Démiurge, donnant naissance aux pneumatiques. Le Christ descend alors sur Terre pour révéler la connaissance libératrice. Les pneumatiques, réveillés par la gnose, remonteront vers le Père. La rédemption du dernier pneumatique sera accompagnée par l’anéantissement du Monde, de la Matière. La Matière a une origine spirituelle, c’est un état, une « expression externe solidifiée » de l’Être absolu. L’ignorance (l’aveuglement de Sophia) est la cause première de l’existence du Monde. La connaissance constitue la condition originelle de l’Absolu. Marcion Marcion (v.85- v.160) est un personnage capital du christianisme primitif. Il est aussi le premier grand hérétique. Marcion est né dans une famille chrétienne du Royaume du Pont. C’est un représentant typique des élites chrétiennes non juives. Son père, riche armateur, fut épiscope de Sinope. Il part en Asie Mineure avant de se rendre à Rome vers 135 où il est le premier à amener les lettres de Paul inconnues auparavant. Il devint membre influent de l’Église de Rome en lui faisant une importante donation avant d'être excommunié par celle-ci pour ses positions. Ce rejet est sans influence en Bithynie où il s'en retourne reprendre la charge presbytérale de son père. Il publia les Antithèses, où il dit que le Dieu de Jésus n’a rien à voir avec le Créateur de l’Ancien Testament, divinité ignorante, brutale et matérialiste. Il rejette les anciennes Écritures, ne gardant qu’une sélection des nouveaux écrits. Exclu de l’Église de Rome en 144, il se lance dans des campagnes missionnaires, fonde de nombreuses églises où l’on pratiquait une morale très austère, comportant la renonciation à la sexualité et à la vie de famille, tout en se préparant au martyre. Son Église qui s’étend « à tout le monde habité » rivalisera longtemps avec la Grande Église avant de disparaître vers le IXe siècle. Du fait que Marcion retenait certains textes chrétiens du Nouveau Testament considérés ultérieurement comme canoniques, bien des critiques refuseront de considérer Marcion comme un gnostique. Marcion partage l’essentiel du dualisme gnostique, sans inclure les implications apocalyptiques. Il oppose la Loi et la Justice, instituées par le Dieu Créateur de l’Ancien Testament, à l’Amour et à l’Évangile, révélés par le Dieu Bon à travers Jésus. Par la prédication de Jésus, le Démiurge apprend l’existence du Dieu Transcendant, et il se venge en livrant Jésus à ses persécuteurs. Par son sacrifice, Jésus rachète l’humanité au Dieu Créateur. Mais les fidèles continueront d’être persécutés jusqu’à la fin des temps, lorsque le Dieu Bon se fera connaître, qu’il les recevra dans son royaume, et qu’il anéantira la Matière et le Créateur/Démiurge.
Une spiritualité sécularisée L’Evangile selon Thomas est largement inconnu… malgré sa « célébrité », — « célébrité » qui en fait un texte « gnostique », plus ou moins sulfureux, empreint d’une religiosité obscure. Rien à voir avec la réalité, nous dit Jean Larose ! Au contraire, voilà un texte qui vise à traduire la prédication évangélique de telle sorte qu’elle puisse être reçue au-delà du cadre religieux de son énonciation première. Jean Larose remarque l’étonnante « modernité » de la préoccupation « trans-religieuse » de l’évangile de Thomas, sa coïncidence avec tout un pan de la théologie contemporaine. Il y a maintenant plus de 60 ans, le pasteur Dietrich Bonhoeffer expliquait qu’il s’agissait désormais de vivre l’Évangile dans une société sortie des cadres religieux chrétiens traditionnels. Un autre référentiel social est advenu, pour le meilleur ou pour le pire (sans doute pour le pire — concernant, en tout cas, le contexte de Bonhoeffer, celui de l’Allemagne nazie qu’il a combattue jusqu’à la mort) ; reste que c’est dans ce cadre-là, « sécularisé », qu’il nous appartient à présent de vivre. Le cadre dans lequel nous vivons — et dans lequel comme chrétiens, nous sommes appelés à vivre l’Évangile — n’est plus celui d’une société « de chrétienté ». Ce cadre-là est même périmé depuis pas mal de temps — Bonhoeffer l’avait déjà remarqué, qui posait la question : « Que signifie une vie chrétienne dans un monde sans religion ? La tâche de notre génération ne sera pas de désirer encore une fois "de grandes choses", mais de sauver notre âme du chaos, de la garder et de voir en elle le seul bien que nous sauverons de la maison en feu, comme notre "butin". Dieu nous fait savoir qu'il nous faut vivre en tant qu'hommes qui parviennent à vivre sans Dieu. Le Dieu qui est avec nous est celui qui nous abandonne. » (Dietrich Bonhoeffer, Résistance et Soumission - Lettres et notes de captivité, Labor et Fides) D’où le diagnostic suivant de Bonhoeffer : « Notre relation à Dieu n'est pas une relation "religieuse" avec l'Être le plus haut, le plus puissant, le meilleur que nous puissions imaginer — là n'est pas la vraie transcendance — mais elle consiste en une nouvelle "vie pour les autres". Ce ne sont pas les tâches infinies et inaccessibles qui sont la transcendance, mais le prochain qui est placé sur notre chemin. » (Ibid.) Jean Larose perçoit l’évangile de Thomas comme une lecture de l’Évangile dégagée, si l’on peut dire, du contexte religieux de son émission. Jésus est de religion juive, l’Évangile est juif, le Nouveau Testament l’est de même. Ce faisant, le Nouveau Testament témoigne d’une expansion de cet Évangile au-delà de la communauté juive. Thomas aussi est juif, mais, selon la lecture de Jean Larose, il s’efforce de dire ce qu’il perçoit comme l’essentiel du message de Jésus de telle façon que ce message soit recevable par des Grecs, ou d’autres, indépendamment de la religion dans laquelle il est apparu. Bref, Jean Larose perçoit Thomas comme une lecture non-religieuse de l’Évangile. Certes, par « non religieux », concernant l’époque de l’évangile de Thomas, il faut entendre autre chose que ce que l’on entendrait aujourd’hui. Cela dit, mutatis mutandis, on est dans une approche qui n’est pas si éloignée que l’on pourrait penser de celle de Bonhoeffer ! Si l’on ajoute à cela que Jean Larose nous permet, on l’a dit, de sortir du préjugé habituel qui verrait en Thomas un texte « gnostique », ou encore « ésotérique », au sens communément reçu de ces termes, c’est-à-dire nettement péjoratif, nébuleux et empreint d’une religiosité confuse accessible à un certain nombre d’initiés…, nous voilà devant un horizon ouvert : Thomas est au contraire, nous explique-t-il, inscrit dans le quotidien, témoin d’une spiritualité de la vie la plus commune aux humains, quelle que soit leur religion. Roland Poupin, pasteur,
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