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Bible & textes fondateurs (6)

Par Rolpoup :: jeudi 27 mars 2008 à 16:55 :: KT Adultes

 

 

 

 

 

 

6)                27 mars
La Vulgate

 

* * *

 

 

I. — (d’après Wikipédia)


La Vulgate, du latin Vulgata, vulgaire au sens de « commune », dénomination qui serait due à Roger Bacon, est la traduction de la Bible en latin réalisée en grande partie par Jérôme de Stridon au début du Ve siècle, et reconnue comme « authentique » par l'Église catholique lors du concile de Trente.

 

 

Mise en œuvre de la traduction

 

Au IVe siècle, les traductions latines des textes de la Bible, réalisées à partir de la version grecque et caractérisées, à l'origine, par leur littéralisme (elles seront désignées par la suite sous le terme générique de Vetus latina, vieille latine ; il en existe deux types de variantes : africaine, la plus ancienne, et européenne) finirent par devenir fort diverses en qualité et en précision à cause de la multiplication des manuscrits ; c'est pourquoi l’évêque romain Damase commanda à Jérôme une version plus uniforme et plus fidèle. Jérôme commence la traduction du Nouveau Testament en 382 et celle de l'Ancien Testament en 385. Faisant face à des difficultés d'interprétation, Jérôme se rendit alors en Palestine pour consulter les docteurs juifs, spécialistes du texte hébreu. Son désir le plus cher était de retrouver la veritas hebraica par delà l'héritage grec. Il lui faudra plus de quinze ans pour mener son travail à bien. Il achève son œuvre en 405.

 

Cette façon de recourir aux traditions rabbiniques pour établir le texte de la Bible chrétienne a été désapprouvée à son époque, par exemple par Rufin et Augustin d'Hippone qui pensaient qu'il fallait suivre la Septante, selon l'usage des Églises issues des milieux juifs hellénisés et païens, devenu prédominant dans le christianisme après la prédication de Paul.

 

 

Le travail de Jérôme

 

Pour les Évangiles, la Vulgate reprend la révision qu'en a faite Jérôme, à Rome, entre 382 et 384. La traduction est ici faite sur des manuscrits grecs. Tous les autres livres du Nouveau Testament ne doivent rien à Jérôme. Leur révision latine est attribuée de façon très vraisemblable à des contemporains de Jérôme, le cercle pélagien de Rome, dont Rufin le Syrien qu'il avait bien connu à Bethléem.

 

Le Psautier de la Vulgate est le psautier dit « gallican », parce que très utilisé en Gaule, révision attribuée à Jérôme . Elle a été effectuée à Bethléem sur la base du texte grec de la Septante d'Origène. La traduction effectuée sur le texte hébreu par ce même Jérôme, certes postérieure mais moins usitée dans la liturgie carolingienne, ne s'est donc pas imposée lors de l'édition réalisée à Tours au IXe siècle, par Alcuin.

 

Jérôme n'a généralement pas traduit les textes que la tradition catholique nomme deutérocanoniques, à l'exception des livres de Tobie et de Judith à partir du texte de la Septante origénienne, puisque ces livres ne font pas partie du canon hébraïque. En conséquence, la traduction latine de ces autres textes absents de la Bible hébraïque : Sagesse, Siracide, les deux livres des Maccabées, Baruch ne doit rien à Jérôme et reflète d'anciennes versions d'inégale valeur. Tous les autres textes de la Bible hébraïque ont été traduits par Jérôme sur un texte hébreu très proche du texte massorétique, à Bethléem entre 392 et 405.

 

 

La Vulgate, texte de référence

 

Dès le VIIIe siècle, les copies manuscrites recommencent à s'écarter du texte de Jérôme. C'est Alcuin, abbé de Saint-Martin de Tours qui, sur la demande de Charlemagne effectue un travail de restauration, qui sera mené à son terme par Théodulfe, évêque d'Orléans. Gutenberg, l'inventeur des caractères mobiles, réserva à la Bible latine de Jérôme l'honneur d'être le premier livre imprimé (1456).

 

Confrontée à la montée de la Réforme protestante qui a favorisé la diffusion du texte biblique auprès d'un large public, l'Église catholique ressent la nécessité de réaffirmer sa doctrine. Sur décision du Concile de Trente (1545-1563), un statut d'« authenticité » incontestable est donné à la version de saint Jérôme en 1546 :

 

    «Le sacro-saint synode [...] dispose et déclare que cette édition ancienne de la Vulgate qui a déjà été approuvée dans l'Église par le long usage de tant de siècles, doit être tenue pour authentique dans les lectures, disputes, prédications et exposés publics.» — Denzinger 1506, Décret touchant l'Edition & l'usage des Livres Sacrés, IVe session du concile de Trente

 

Il faut noter que la Vulgate ne fait référence que d'un point de vue doctrinal et dans l'usage public de l'Église latine :

 

    «Si le concile de Trente a voulu que la Vulgate fût la version latine « que tous doivent employer comme authentique », cela, chacun le sait, ne concerne que l'Église latine et son usage public de l'Écriture, mais ne diminue en aucune façon - il n'y a pas le moindre doute à ce sujet - ni l'autorité ni la valeur des textes originaux... Cette autorité éminente de la Vulgate ou, comme on dit, son authenticité, n'a donc pas été décrétée par le concile surtout pour des raisons critiques, mais bien plutôt à cause de son usage légitime dans les Églises, prolongé au cours de tant de siècles. Cet usage, en vérité, démontre que, telle qu'elle a été et est encore comprise par l'Église, elle est absolument exempte de toute erreur en ce qui concerne la foi ou les mœurs... Une authenticité de ce genre ne doit pas être qualifiée en premier lieu de critique, mais bien plutôt de juridique.» — Pie XII, Encyclique Divino Afflante Spiritu

 

En 1593, une version révisée est publiée, la Vulgate sixto-clémentine.

 

La Vulgate est aujourd'hui encore la version de référence dans l'Église latine, après une révision promulguée en 1979 par Jean-Paul II : la Néo-Vulgate.

 

 

* * *

 

 

II. — De quelques effets d’une traduction :

 

1) Anodin (?) : « vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux qui connaissent le bien et le mal » — « aperientur oculi vestri et eritis sicut dii scientes bonum et malum » (Genèse 3, 5). « La pomme » — « malum » en latin), le fruit du bien et du mal, mal (« malum » aussi en latin).

 

2) Romantique : « Lucifer » —

« Comment es-tu tombé du ciel, étoile du matin, fils de l’aurore ? Tu es abattu à terre, Toi, le dompteur des nations ! »… lit-on en Ésaïe 14, 12 — « quomodo cecidisti de caelo lucifer ? ». Dans la traduction latine (dans la Vulgate de saint Jérôme) de ce verset d’Ésaïe, on a bien lu : Lucifer ! « comment est-tu tombé du ciel, Lucifer » ?! Car en latin, l’étoile du matin reçoit de titre de lucifer, littéralement l’astre porteur de lumière, l’étoile qui au matin annonce le jour. Nom qui dans un premier temps, n’est nullement péjoratif : on a même un saint Lucifer, croyant de l’Église ancienne qui portait ce joli prénom et sera canonisé.

Dans le texte d’Ésaïe, il est question du prince de Babylone dont l’orgueil qui l’élève jusqu’aux cieux dans le langage prophétique, annonce de sa chute prochaine…

Voilà d’où est née l’histoire du diable bel ange déchu, antan nommé Lucifer, grand ténébreux des romantiques, rêvant, mélancolique, à sa grandeur passée. Et voilà la matrice des satanismes modernes, et de leurs rejetons « gothiques » !

N’était la naïveté des jeunes et des moins jeunes prêts à s’embarquer derrière le premier manipulateur qui passe, il n’y aurait pas de quoi fouetter un chat (puisque le chat était au Moyen Âge une des figures masquant Lucifer).

 

3) Romantique (bis) : « Pacte avec l’enfer » — « cum inferno fecimus pactum » (Ésaïe 28, 15) ; littéralement avec le Shéol = le séjour de morts. Cf. Luther répondant à une dame lui assurant qu’il ne peut rien pour elle — elle « a vendu son âme au diable » — en substance :
— Madame, que penseriez d’un marché qui me verrait vendre votre maison à quelqu’un d’autre ? »
— « Mais vous ne pourriez pas, réplique la dame, ma maison ne vous appartient pas ! »
— « Eh bien Madame, de même votre âme ne vous appartient pas ; elle appartient à Dieu, vous ne pouvez donc pas la vendre au diable » reprend Luther.

 

4) Catastrophique : « Noire "mais !" belle » — « nigra sum sed formonsa ». Ainsi s’ouvre le Cantique des Cantiques (ch. 1, v. 5) !

« Je suis noire et belle… » dit l’original, selon le sens correct de ce verset mal traduit par : « Mais belle » ! Pas de « mais » en hébreu. Non plus que dans la version grecque des LXX.

La première version célèbre où apparaît le « mais » est la Vulgate.

Auparavant, la noirceur de la Sulamite a été perçue comme signe de beauté, la beauté reçue d’ailleurs, du regard de Dieu : la couleur noire en capte au mieux la lumière.

« Je suis noire et belle… ». Fait du soleil, rayonnant de mon Bien-Aimé, source de ma beauté.

Puis on a dérivé sur la noirceur comme péché ! Pour glisser vers le « mais ».

L’habitude s’est perpétuée dans nos traductions, chargée souvent de malveillance pour les frères et sœurs de la Sulamite. L’habitude n’a cessé — pour le français — qu’avec la traduction de Chouraqui, qui suite à Sédar Senghor, a donné la première traduction française à ma connaissance à avoir repris l’original : « Je suis noire et belle… »

 

5) Marial : Luc 1, 28 : « Pleine de grâce » ? — « gratia plena » (Vulgate) — « kecaritwmenh » (grec) ; « toi qui as la faveur de Dieu » (TOB). Rien d’extravagant, mais dans un contexte d’exaltation mariale qui n’est pas sans lien avec cette légère amplification de la traduction où l’on passe de la grâce à la plénitude de la grâce, et quand cette traduction devient la norme unique…

 

Et caetera, et caetera.

RP

 

 

 

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