
8) 22 mai
Canon « protestant » vs « deutérocanoniques »
« L'antithèse entre « sola scriptura » et « l'Église et la tradition » apparaît au XVIème siècle, quand les réformateurs, s'insurgeant contre la profusion des traditiones humanae qui font obstacle au message du Christ, prônent un retour au cœur même de l'Évangile. En fait, il faut bien voir que c'est à cette époque seulement que commence véritablement à prendre forme la réflexion sur la tradition en tant que telle : l’intérêt de ce débat était resté, sauf exceptions, globalement inaperçu, ou plutôt la tradition n’apparaissait pas jusqu'alors comme un problème. Parce qu’il a suscité une prise de conscience, le « sola scriptura » des Réformateurs a ainsi poussé l’Église catholique à préciser et formaliser sa compréhension de la tradition.
Quelle est donc l’intention des réformateurs à cette époque ? Non pas de rejeter en bloc la tradition : il apparaît trop clairement que l’Évangile, pour nous parvenir, doit essentiellement nous être transmis, voire que l’Écriture est elle-même peut être comprise comme étant le fruit d'une tradition d'abord orale. Comme le souligne le théologien allemand Ebeling « le sola scriptura est si peu hostile à la tradition qu'il constitue au contraire par lui-même une certaine forme de principe de tradition ». Le but des réformateurs est donc plutôt de mettre en garde contre des excès, de discerner ce qui, dans la pratique de l’Église, est essentiel, et ce qui relève d’institutions humaines au fond secondaires. Il ne s’agit pas de répudier la tradition, mais de distinguer dans la foi ce qui est fondamental de ce qui ne l’est pas : il faut réaffirmer que la seule norme de la foi est l’Écriture.
C'est ainsi que la confession d'Augsbourg (luthérienne — et on pourrait dire, mutatis mutandis, l’équivalent des Confessions réformées, d’autant plus qu’elles sont souvent moins conciliatrices) ; la confession d'Augsbourg insiste sur les effets éventuellement pervers de la multiplication de traditions qui détournent l'attention du croyant de l'essentiel. Ce texte, rédigé en 1530 par Mélanchton, a une intention conciliatrice : il s'agit pour les défenseurs de Luther, d'éviter la rupture avec Rome. Les rédacteurs vont donc s'employer à montrer que leurs critiques ne font pas d'eux des hérétiques, mais conservent intact l'essentiel de la foi. Pour étayer sa critique de traditions qu'il juge envahissantes, Mélanchton élève ainsi une série de mise en gardes.
Tout d'abord, trop de tradition tue l'esprit. Évoquant la multiplication des rites, interdits alimentaires, consignes vestimentaires, jeûnes, etc., Mélanchton regrette que « de telles traditions ont aussi obscurci les commandements de Dieu ». Ensuite, « ces traditions ont fini par peser lourdement sur les consciences » : le croyant, effrayé par une profusion de rites parfois contradictoires, détourne craintivement son attention vers le respect scrupuleux de pratiques tout à fait secondaires à la foi. Au lieu d'apporter une foi rédemptrice, la tradition ainsi comprise entrave. Dans la confession d'Augsbourg, l'argumentation consiste précisément à montrer que les futurs réformés conservent intacts les principes de la foi, que les dissensions ne portent que sur des aspects inessentiels : « les dissensions et les querelles portent avant tout sur certaines traditions et sur certains abus ». Par conséquent, plaide Mélanchton, toujours dans une visée conciliatrice, « il serait équitable de la part des évêques de se montrer plus modérés, même s'il y avait chez nous quelque chose qui laisse à désirer en ce qui concerne les traditions ».
Dans cette première lecture, le principe de « sola scriptura » vise ainsi à revenir à l'essentiel, contre des rites qui obscurcissent la foi. Mais si l'établissement d'une telle hiérarchie entre l'Écriture et les traditions est possible, c'est en effet en vertu du principe fondamental que seule la foi justifie : l'observance de rites n'est pas le moyen pour le croyant de mériter son salut. L'attaque contre la tradition, abordée ainsi par le biais de la question de la justification, se fait alors beaucoup plus virulente : la tradition recèle le danger d'une perte du croyant dans la minutie d'un rituel, dans la conviction fausse que l'observance de la tradition pourrait justifier. A cet égard, l'Apologie de la confession d'Augsbourg l'affirme avec une certaine violence : « A quoi bon discourir quand la chose est patente ? En prenant la défense de ces cultes humains, en disant qu'ils méritent la justification, la grâce et la rémission des péchés, nos adversaires établissent tout bonnement le règne de l'Antéchrist ».
A quoi sert une tradition, à qui sert une tradition ? Une tradition guide le croyant certes, mais elle ne lui permet pas de gagner le salut par l'observance d'un rite ; elle lui permet d'avoir part à l'annonce du salut, mais pas à le mériter. « Nous ne méritons pas la rémission des péchés ou la grâce par l'observation de traditions humaines ». Et les auteurs de l'Apologie de la confession d'Augsbourg de citer Matthieu 15, 9 : « C'est en vain qu'ils me rendent un culte à l'aide de préceptes humains ».
Au temps de la Réforme, se développe donc une lecture critique des traditions au nom du principe de justification par la foi seule : et cette foi est donnée au croyant dans l'Écriture sainte. L'affirmation du sola scriptura a donc une double portée : l'Écriture est la seule norme de la foi, et cela parce que seule la foi justifie. »
(D’après Solange Chavel :
http://www.eleves.ens.fr/aumonerie/seneve/numeros_en_ligne/paques03/seneve004.html)
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On peut distinguer la Tradition apostolique — le Nouveau Testament —, de la tradition en un sens plus large, tissée de « traditions humaines ».
Il est en outre faux de dire que le principe « sola scriptura » induit un rejet de la tradition. Simplement la Réforme ne reconnaîtra pas Rome et les autorités rassemblées sous son magistère comme référence normative de la tradition authentique.
Or la « deutéro-canonisation » des écrits vétéro-testamentaires non-hébraïques en relève.
Le canon juif
(cf. http://www.voxdei.org/afficher_info.php?id=5409.88 - très remanié)
Paul écrit que « les oracles de Dieu ont été confiés aux juifs » (Romains 3 v. 2).
Une simple consultation des textes hébraïques ou des versions juives montre que les juifs acceptent 39 (ou 22) livres comme inspirés.
L'historien Josèphe affirme que le nombre de livres tenus pour divins par les juifs sont au nombre de 22 et repousse les autres livres, « écrits depuis Artaxerxès », comme n'ayant qu'une autorité humaine.
Les apocryphes / deutérocanoniques
On a appelé antan apocryphes, c'est-à-dire cachés, des livres que les juifs n’ont pas reconnus dont ceux qui se trouvent actuellement dans certaines versions de la Bible. Quoique compris sous un même nom, ils diffèrent par la langue originale (hébreu, et araméen vs grec).
Au troisième siècle avant J.C., la langue grecque était la plus répandue. Ptolémée Philadelphe demanda la traduction des écrits religieux juifs — c’est la version des « Septante », version grecque de la Bible, contenant des écrits en grec absents de la Bible hébraïque.
Au quatrième siècle, la langue commune est le latin. Jérôme, chargé de traduire la Bible en latin y inclut les écrits grecs de la version des « Septante » — les « apocryphes ». Jérôme a cependant son avis sur la question des apocryphes : « tout ouvrage qui ne figure pas parmi les 24 livres (Initialement on en comptait 22 ou 24 mais il s'agit toujours des mêmes écrits regroupés de façon différente. Par exemple, les douze «petits prophètes» ne comptaient que pour un livre dans les anciennes éditions) de la Bible hébraïque, doit être considéré comme apocryphe, c'est-à-dire non canonique », écrit-il.
Augustin les fit admettre aux Conciles d'Hippone et de Carthage, mais seulement comme livres qui pourraient être lus et cités.
Au seizième siècle, au concile de Trente (1546 - 1563), les autorités catholiques romaines réunies ratifièrent l'exclusivité de la Vulgate comme version officielle de l'Église romaine ; incluant lesdits « apocryphes », qui furent alors portés au bénéfice de l’inspiration divine : ils devinrent les livres « deutérocanoniques » (deuxième canon).
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Où apparaît au cœur du choix du texte biblique le débat Écriture-Tradition ecclésiastique selon l’autorité romaine, qui fait norme jusqu’au cœur de l’Écriture, dans le choix du texte des Écritures.
Ne reconnaissant pas l’autorité romaine comme norme de la tradition, les réformateurs ne reconnaîtraient naturellement pas ces livres comme inspirés — au mieux gardent-ils la place qu’ils ont avant le Concile de Trente : seconde. En aucun cas Écriture. Le canon de l’ « Ancien Testament » sera le canon de la Bible hébraïque, selon que « les oracles de Dieu ont été confiés aux juifs » (Romains 3, 2).
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