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Bible & textes fondateurs (9)

Par Rolpoup :: mercredi 25 juin 2008 à 21:52 :: KT Adultes


 

 

 

 


 

 

9)               26 juin
            Le texte et le lecteur
 

 

 

 

 

Antiquité :

Trois sens des Écritures correspondant à la trichotomie corps-âme-esprit, et à différents plans de la création : matière physique, corporéité spirituelle, pure spiritualité // sens littéral, sens moral, sens allégorique. (Chez Philon d’Alexandrie, puis dans l’école chrétienne d’Alexandrie : Clément, Origène…)

Cf. Paul aux Galates — à propos de Sara et Agar : « Il y a là une allégorie; car ces femmes sont les deux alliances. » (Galates 4:24)

 

 

 

Moyen-Âge (cf. H. de Lubac, Exégèse médiévale, Les quatre sens de l’Écriture, Paris, Aubier, 1959-1961) :
Quatre sens des Écritures — le troisième sens est subdivisé :
1 : sens littéral,
2 : sens moral,
3 + 4 : sens allégorique, sens anagogique.

 

Exemple classique :
« La même Jérusalem pourra revêtir quatre acceptions différentes : au sens historique, elle sera la cité des Hébreux ; au sens allégorique, l’Église du Christ ; au sens anagogique, la cité céleste, 'qui est notre mère à tous' ; au sens tropologique (ou ‘moral’), l’âme humaine ». (Jean Cassien)

 

(Une doctrine des quatre sens — différente — est pratiquée dans la tradition juive pour l'étude de la Torah :

  • Pshat : littéral ;
  • Remez : allusif — littéralement : allusion ;
  • Drash : allégorique — littéralement : creuser, sonder, chercher ;
  • Sod — kabbale : mystique — littéralement : secret.)



Renaissance
(et Réforme) :
Insistance sur le sens naturel (ou littéral) contre les excès et l’arbitraire de l’habitude de tout lire en un sens qui n’est pas celui qui apparaît immédiatement.

Volonté de ‘retour’ au sens historique et à la recherche du contexte historique (jusqu’aux développements historico-critiques).

 

 

 

Approche contemporaine :

Insistance sur le rôle du lecteur d’un texte (de tout texte — ce qui s’applique aussi à la Bible).

Ex : Umberto Eco, Lector in fabula, le rôle du lecteur ou la coopération interprétative dans les textes narratifs, éd, Grasset et Fasquelle, (traduction française), 1985.

Cit. Mohamed Semlali
:

« Le texte, souligne Eco (p.61), tel qu’il apparaît dans sa surface (ou manifestation) linguistique, représente une chaîne d’artifices expressifs qui doivent être actualisés par le destinataire. » Le texte se présente effectivement comme une machine paresseuse, et comme un objet incomplet qui a besoin d’un lecteur pour deux raisons : 1- chaque texte fait référence à un code donné : il a besoin d’un lecteur ou d’un destinataire  qui a une compétence linguistique qui le rend capable d’actualiser ce texte. 2- le texte se distingue d’autres types d’expression par sa complexité, une complexité qu’il doit au tissu de non-dit qu’il renferme (non-dit au sens de non- manifesté au niveau de l’expression) : Ces non-dits doivent justement être actualisés par le lecteur. C’est pour ces deux raisons, affirme Umberto Eco (p.62) que « le texte, d’une façon plus manifeste que tout autre message, requiert des mouvements coopératifs actifs et conscients de la part du lecteur ». Cette coopération se manifeste déjà au niveau linguistique, des déictiques, des co-références, du contexte et du co-texte. Le texte exige un lecteur capable aussi d’élucider les présupposions de chaque énoncé. C’est que le texte, comme le définit encore une fois Eco « est un tissu d’espaces blancs, d’interstices à remplir et celui qui l’a émis prévoyait qu’ils seraient remplis et les a laissés en blanc pour deux raisons : d’abord parce qu’un texte est un mécanisme paresseux (ou économique) qui vit sur la plus-value de sens qui y est introduite par le destinataire ; ensuite- à mesure que le texte passe de la fonction didactique à la fonction esthétique, un texte veut laisser au lecteur l’initiative interprétative (…) un texte veut que quelqu’un l’aide à fonctionner » (p.63) Chaque texte d’ailleurs prévoit un Lecteur Modèle qui a les compétences nécessaires pour l’actualiser.

 

Eco critique, du reste, le modèle communicatif, notamment la notion de code partagé entre le destinateur et le destinataire du message. Il rappelle que la compétence du destinataire et celle de l’émetteur ne sont pas nécessairement identiques, d’autant plus que le code linguistique n’est pas suffisant à lui seul pour comprendre un message linguistique. Dans ce sens, le véritable garant de la coopération interprétative du lecteur se situe au sein du texte lui-même, dans la mesure où chaque texte renferme son propre mécanisme génératif. Cette réalité conditionne non seulement l’acte de lecture, mais aussi l’acte d’écriture : « générer un texte, affirme Eco (p.65), signifie mettre en œuvre une stratégie dont font partie les prévisions des mouvements de l’autre. » Dans le même sens, Eco ajoute (p.67) que l’auteur, lors de la composition de son texte, prévoit «  un Lecteur Modèle (…) capable d’agir interprétativement comme lui a agi générativement. » L’émetteur (ou l’auteur) d’un texte a besoin de prévoir son lecteur modèle non seulement pour satisfaire ses horizons d’attente, mais aussi quelques fois pour les décevoir. D’ailleurs, comme tient à le préciser Eco, prévoir le lecteur modèle ne signifie pas seulement, pour l’émetteur, en espérer l’existence, « cela signifie aussi, dit-il (p.68), agir sur le texte de façon à (…) construire [ce lecteur modèle]. Un texte repose donc, ajoute-t-il, sur une compétence mais, de plus, il contribue à la produire. »

 

[Parallèle avec : « ce que les rabbins appelleront le blanc du texte […,] censé contenir plus que le noir donc plus que l’écrit. L’implicite est plus puissant que l’explicite. » Y. Dalsace.  Cf. rencontre AJC Draguignan.]

 

Toujours en rapport avec le lecteur modèle, Umberto Eco distingue l’interprétation de l’utilisation du texte. En fait, le travail d’interprétation n’est vraiment possible que lorsque nous sommes devant un texte ouvert, c’est-à-dire, devant un texte qui permet diverses interprétations possibles : l ‘auteur de ce genre de textes fait en sorte que chaque interprétation rappelle d’autres, et que « s’établissent entre elles une relation non point d’exclusion , mais bien de renforcement mutuel. » […]

L’interprétation du texte ouvert suppose une « dialectique entre la stratégie de l’auteur et la réponse du lecteur modèle. » A partir de cela, il apparaît que chaque texte contient déjà en lui comme stratégie textuelle son lecteur modèle, mais aussi son auteur modèle, c’est-à-dire, l’auteur comme hypothèse interprétative. L’idée qu’on se fait de l’auteur du texte dirige effectivement notre propre interprétation […]. »

 

 


 

 

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