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En compagnie de l’Ecclésiaste (3)

Par Rolpoup :: mercredi 27 janvier 2010 à 19:14 :: KT Adultes

 


 

28 janvier 2009

Programme 2009-2010

 



 

Le Qohéleth — En ce temps-ci

 

 

 

Ecclésiaste 9, 10-12

10  Tout ce que ta main trouve à faire, avec ta force, fais-le ;
car il n'y a ni activité, ni raison, ni connaissance, ni sagesse
dans le séjour des morts, où tu vas.
Le malheur arrive tout à coup

11  J'ai encore vu sous le soleil
que la course n'appartient pas aux rapides,
ni la guerre aux vaillants,
ni le pain aux sages,
ni la richesse aux intelligents,
ni la faveur à ceux qui savent,
car tous sont à la merci des temps et des circonstances.

12  L'être humain ne connaît pas plus son temps
que les poissons qui sont pris au filet, pour leur malheur,
ou que les oiseaux qui sont pris au piège ;
comme eux, les humains sont attrapés à l'heure néfaste qui s'abat sur eux à l'improviste.

 

 

La suite ici...

 

 

 

 

 

En compagnie de l’Ecclésiaste (2)

Par Rolpoup :: mardi 24 novembre 2009 à 16:40 :: KT Adultes


26 novembre 2009

Programme 2009-2010

 


 

 

Le Qohéleth — et ‘‘l’inconvénient d’être né’’

 

 

 

« Le plus heureux est celui qui n'a pas encore été
et qui n'a pas vu l'œuvre mauvaise
qui se fait sous le soleil. »
(Qo 4, 3)

 

 

 

Qohéleth 3, 18 - 4, 3

18  Je me suis dit, au sujet des humains, que Dieu les éprouvait, pour qu'ils voient eux-mêmes qu'ils ne sont que des bêtes. 

19  Car le sort des humains et le sort de la bête ne sont pas différents ; l'un meurt comme l'autre, ils ont tous un même souffle, et la supériorité de l'humain sur la bête est nulle : tout n'est que futilité.

20  Tout va dans un même lieu ;
tout vient de la poussière,
et tout retourne à la poussière.

21  Qui sait si le souffle des humains s'élève vers les hauteurs, et si le souffle des bêtes descend vers le bas, vers la terre ? 

22  J'ai vu qu'il n'y a rien de mieux pour l'être humain que de se réjouir de ses œuvres : c'est là sa part. En effet, qui le fera revenir pour voir ce qui sera après lui ?

 

1  J'ai vu, d'autre part, toutes les oppressions qui se commettent sous le soleil ;
les larmes des opprimés — et personne pour les consoler !
la force du côté de leurs oppresseurs — et personne pour les consoler !

2  Moi, je déclare les morts qui sont déjà morts plus heureux que les vivants qui sont encore en vie, 

3  mais plus que les uns et les autres celui qui n'a pas encore été et qui n'a pas vu l'œuvre mauvaise qui se fait sous le soleil.

 

 

La suite ici...

 

 

 

 

En compagnie de l’Ecclésiaste (1)

Par Rolpoup :: jeudi 22 octobre 2009 à 15:00 :: KT Adultes

22 octobre 2009

Programme 2009-2010

 


 

Le Qohéleth et la mort

 

 

Mais d’abord, quel est ce livre — Qoheleth ?

 

L'Ecclésiaste (traduction grecque de l'hébreu קהלת, Qoheleth), est un livre de la Bible hébraïque, faisant partie de la série des Autres Écrits, présent dans tous les canons.

 

La Bible hébraïque se compose de trois parties:

la Loi (ou Torah) contenant cinq documents: la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome;

les Prophètes (ou Nebiim), comprenant huit documents: Josué, Juges, Samuel, Rois, Esaïe, Jérémie, Ezéchiel et les Douze petits prophètes;

et les (autres) Écrits (ou Ketoubim).

Abréviation de Torah, Nebiim, Ketoubim : Tanakh

 

Les Écrits, (Ketoubim), comportent onze livres:

- trois livres poétiques: les Psaumes, les Proverbes et Job,

- trois autres écrits: Daniel, Esdras-Néhémie, les Chroniques,

- les cinq Rouleaux (ou Meguillôth ou Volumes), qui sont les cinq textes les plus brefs de l'ensemble des Écrits et qui sont regroupés dans un ordre liturgique, celui de leur lecture tout au long de l'année dans la prière synagogale, à savoir:

le Cantique des Cantiques,

lu pour la Pâque; Ruth, lu à la fête des Semaines (ou Pentecôte);

les Lamentations, lu le jour anniversaire de la destruction du Temple de Jérusalem);

Qohéleth (ou l'Ecclésiaste), lu à la fête de Souccoth ;

et Esther, lu à la fête des Pourim ou des Sorts.

 

La tradition juive dit du roi Salomon qu'il écrivit trois livres: le Cantique des Cantiques, car lorsqu'un homme est jeune, il chante des chansons; les Proverbes, car lorsqu'un homme devient adulte, il façonne des proverbes; et l'Ecclésiaste, car lorsqu'un homme devient vieux, il chante la vanité et l'insignifiance de toute chose.

 

(cf. http://st.symphorien.metz.free.fr/html/Sommaire/08-ecclesiaste/eccle_intro.htm)

 

 

Le terme hébraïque קהלת, Qoheleth, est construit sur la racine קהל, désignant dans la Torah le peuple au désert et, comme verbe, "rassembler". קהלת est donc plus probablement un titre qu'un nom, référant à un "rassembleur".

L'intitulé français du livre, Ecclésiaste, vient de la traduction de la Septante de Qohelet par  Εκκλησιαστής. Ce mot tire ses origines du grec Εκκλησία (à la base, un "rassemblement" sans connotation religieuse, bien que plus tard utilisé pour cet usage en priorité, d'où le rendu par église dans le Nouveau Testament).

Le terme Qoheleth a cependant été également traduit en anglais par the Preacher (le prédicateur) dans la Bible "King James" (d'après le terme latin concionator de saint Jérôme, suivi également par der Prediger de Martin Luther). Le terme prédicateur ou prêcheur (qui est un synonyme plus ancien) impliquant une fonction religieuse, et le livre ne reflétant pas une telle fonction, elle est tombée en désuétude. Une meilleure option serait professeur (au sens étymologique du terme), bien que cela ne restitue pas parfaitement l'idée fondamentale du titre hébreu.

 

 

L'auteur se présente en tant que "Qohelet", fils de David, et roi d'Israël à Jérusalem (1:1, 12, 16; 2:7, 9), sans se citer nommément. La fin du livre lui attribue également la rédaction de proverbes. Il est traditionnellement identifié à Salomon : dans les deux premiers chapitres, l'auteur se décrit comme le fils de David et roi d'Israël à Jérusalem, un philosophe au sein d'une cour de gens brillants. Ces indices ne peuvent pointer que vers le Roi Salomon, car ses successeurs à Jérusalem ne régnèrent plus que sur Juda. En conséquence, tant la tradition rabbinique que les premiers Chrétiens attribuaient l'Ecclésiaste au Roi Salomon.

 

Mais le livre se trouve dans les Ketouvim, ce qui pourrait placer le livre dans les derniers jours des écrits canoniques : son attribution à Salomon a été abandonnée par la plupart des critiques modernes, qui pensent actuellement que Qoheleth est le fruit d'une tradition pseudo-épigraphique, voulant donner du poids à un nouveau livre en l'attribuant à la bouche d'un Sage bien connu et respecté. Le point de vue de la critique moderne est que l'Ecclésiaste fut écrit aux alentours de 250 avant Jésus Christ par un intellectuel non-hellénisé appartenant au milieu du Second Temple de Jérusalem. La dernière date de rédaction possible est déterminée par le fait que Ben Sirakh le cite ou le paraphrase de façon répétée et ce plutôt comme un écrit canonique que contemporain.

 

(cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Eccl%C3%A9siaste)

 

 

La mort et l’ici-bas :

 

Ecclésiaste 9, 2-10 :

2  Tout arrive également à tous :
même sort pour le juste et pour le méchant,
pour le bon,
pour le pur et pour l'impur,
pour celui qui sacrifie et pour celui qui ne sacrifie pas ;
il en est du bon comme du pécheur,
de celui qui prête serment comme de celui qui craint le serment.

3  Voici un mal parmi tout ce qui se fait sous le soleil : c'est qu'il y a pour tous un même sort ; aussi le cœur des humains est rempli de mal, et la démence est dans leur cœur pendant leur vie ; et après... chez les morts !

4  En effet, celui qui est associé à tous les vivants peut avoir confiance ;
un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort.

5  Les vivants, en effet, savent qu'ils mourront ;
mais les morts ne savent rien ;
pour eux il n'y a plus de salaire,
puisque leur souvenir est oublié.

6  Leur amour, leur haine et leur passion jalouse ont déjà disparu ;
ils n'auront plus jamais de part à tout ce qui se fait sous le soleil.
Jouir de la vie comme d'un don de Dieu

7  Va, mange ton pain avec joie, et bois ton vin le cœur content : déjà Dieu a agréé tes œuvres.

8  Qu'en tout temps tes vêtements soient blancs,
et que l'huile ne manque pas sur ta tête.

9  Jouis de la vie avec la femme que tu aimes,
pendant tous les jours de la vie futile que Dieu t'a donnée sous le soleil,
pendant tous tes jours futiles ;
car c'est ta part dans la vie et dans le travail que tu fais sous le soleil.

10  Tout ce que ta main trouve à faire, avec ta force, fais-le ;
car il n'y a ni activité, ni raison, ni connaissance, ni sagesse
dans le séjour des morts, où tu vas.

 

Voir cependant :

 

Ecclésiaste 3, 11 :

Tout ce qu'il a fait est beau en son temps ; aussi il a mis la durée dans leur cœur, sans que l'être humain puisse trouver l'œuvre que Dieu a faite depuis le commencement jusqu'à la fin.

 

À suivre ici…

 

 

 

 

 

Programme KT Adultes 2009-2010

Par Rolpoup :: mercredi 21 octobre 2009 à 15:01 :: KT Adultes

 

 

En compagnie de l’Ecclésiaste

R.P., Antibes 2008-2009

 

Proposition d’un programme :

 

1)                 22 octobre
Le Qohéleth et la mort 

2)               26 novembre
L’inconvénient d’être né

3)                28 janvier
En ce temps-ci

4)               25 février
Le religieux

5)               25 mars
Le moral

6)                 22 avril
Le sage

7)               20 mai
Et Dieu dans tout ça ?

8)               24 juin
Récapitulation et perspectives

 

 

 

 

 

Généalogie des protestantismes (9)

Par Rolpoup :: mercredi 24 juin 2009 à 9:46 :: KT Adultes

 


(Cf. Programme de l'année)

 9)        25 juin
       À l’échelle du monde

 

 

Le protestantisme, d’origine européenne — ce n’est pas scoop — a déployé, à travers sa généalogie, sa présence sur tous les continents, accompagnant, bon an mal an, le déploiement d’un monde se globalisant via l’expansion de traditions d’origine européenne.

 

Il a souvent accompagné cette expansion de façon critique. Il n’en a pas moins partagé bien des certitudes désormais irrémédiablement effondrées après la traversée du tragique XXe siècle.

 

L’illustration de cette traversée nous est fournie à travers les œuvres et les biographies de personnages ayant vécu le siècle. Certains ont saisi le drame de cette traversée à sa mesure de drame. Exemple marquant : Cioran au passé roumain… quasi normal !, c’est-à-dire fasciste ! (Les dictatures fasciste et nazie du XXe siècle exprimant le moment « culminant », basculement irrémédiable, de l’idée de supériorité de la civilisation dite « blanche »). Cioran dès la fin des années trente, rejette radicalement ce qu’il nomme désormais « fanatisme ». Un rejet qui se traduit en une œuvre consistant à « penser contre soi »…

 

Cioran est exemplaire de ce qu’ont vécu de façon moins abrupte les traverseurs de ce siècle passé…


À l’autre bout Théodore Monod, pour ne prendre que cet exemple (celui d’un homme aux engagements remarquables), représente une autre façon de traverser le même siècle, en ayant partagé un temps, lui aussi (notamment lors de son passage au Cameroun dans les années 20), quelques préjugés regrettables, pour les renier lui aussi, mais, pour sa part, en les dépassant radicalement dans un processus de purification d’une pensée utopique en marche, en marche chez lui dès sa jeunesse.

 

En tout ce processus, il partageait la vision qui était celle des meilleurs de ses contemporains…

 

« A la veille de la Grande guerre, écrit l’historien J. Marseille, tous ou presque auraient pu souscrire aux propos de  Jean Jaurès qui, en 1881, s’exclamait : "Nous pouvons dire à ces peuples sans les tromper que là où la France est établie, on l’aime ; que là où elle n’a fait que passer, on la regrette ; que partout où sa lumière resplendit, elle est bienfaisante ; que là où elle ne brille pas, elle a laissé derrière elle un long et doux crépuscule où les regards et les cœurs restent attachés." Ou à ceux de Léon Blum qui, en 1925 encore, proclamait : "Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l’industrie" ».

 

 

 

 

Tintin (et l’œuvre d’Hergé en général) donne un excellent résumé de l’évolution de la pensée européenne au XXe siècle.

 

De Tintin au pays des Soviets (où il est envoyé par son journal comme une sorte de missionnaire des jésuites) aux derniers volumes, Tintin à lui seul traverse le XXe siècle européen, et en traverse la pensée commune : ainsi, dans les derniers volumes, comme Tintin et les Picaros ou Les bijoux de la Castafiore (avant-dernier volume – où il défend la cause des Romanichels faussement accusés de vol) Tintin arbore sur son casque de motard un évident signe de la paix, signe de ralliement de toute la jeunesse tiers-mondiste et anti-colonialiste des années 1960 et 1970 – mobilisée contre la guerre du Vietnam… On est loin de Tintin au Congo ! On est passé entre temps (entre autres) par le voyage sur la Lune et la défiance à l’égard des prises de pouvoir totalitaires dans les pays de l’Est.

 

Si l’on fait à partir de là un retour en arrière, on peut percevoir que Tintin… c’est nous ! Nous, Européens du XXe siècle, qui avons commencé en un Congo de tous les mépris, pour terminer avec un signe de la paix sur un casque qui n’a plus rien de colonial.

 

 

 

 

C’est là le monde où nous sommes, et celui d’où il provient, protestantisme mondial inclus. C’est là aussi que le protestantisme peut avoir un rôle, sachant ce pivot de ce qu’est le protestantisme : la grâce « forensique » :

 

(« L’"humanitaire" : où le message de la Réforme reprend de l’actualité » RP dans La Voix protestante, 01-06-2005 :)

 

Pour les Réformateurs, la grâce, c’est-à-dire la faveur gratuite de Dieu, nous sauve de façon « étrangère » — « forensique », selon ce mot qui vient du latin « forens » (« étranger »). C’est le mot qui a donné « forain ». La grâce nous vient d’ailleurs, de Dieu, qui nous la signifie en Christ. Elle est donnée à notre foi. Elle ne vient donc en aucun cas de nous.

 

Quel rapport avec l’ « humanitaire » ? Humanitaire : on a parlé de bonne conscience, bonne conscience de la mondialisation. Comme parfois l’action missionnaire, dans les siècles précédents, a pu être la bonne conscience de la colonisation. L’action missionnaire a pu être cela quand elle a oublié que Dieu nous secourt de façon « forensique », quand la mission a eu la tentation de ne faire que se porter soi-même comme si la grâce venait d’elle, porter la civilisation de ses témoins, de tous ses témoins, même non-missionnaires : Léon Blum lui-même ne disait-il pas en 1925 : « Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture » ?

 

Au-delà d’un vocabulaire aujourd’hui choquant, la faille dans le cas de l’ « humanitaire » comme dans celui de « la mission », est déjà dans l’idée que l’on puisse faire bénéficier autrui, moins favorisé, des faveurs qui seraient les nôtres. Dans le cas de l’humanitaire, les faveurs en question sont, conformément aux valeurs contemporaines, alimentaires, sanitaires, etc. Disons matérielles, à l’exclusion de la dimension spirituelle que revendiquaient nos prédécesseurs. (C’est, au fond, la seule différence.) Dans les deux cas, le problème vient de la conviction intime et non-perçue que celui qui se déplace vers l’autre lui octroie ses faveurs. Or « faveur » traduit « grâce », ne l’oublions pas.

 

La parole ci-dessus de Léon Blum offusque nos consciences du XXIe siècle ! Certes, le vocabulaire a changé ! Mais quelle est la distance fondamentale entre cela et le « droit », ou « devoir », « d’ingérence » ? Quelle est la distance entre ce même « droit d’ingérence » et la vision que l’on a gardée du missionnaire au casque colonial ? Que l’on relise donc Tintin au Congo ! Que fait-il donc d’autre que de l’ingérence humanitaire ?

 

Un point commun fondamental entre Tintin, Léon Blum, et l’ « humanitaire » est l’oubli de ce que l’ « aide humanitaire » de Dieu est « forensique ». Étrangère autant au bénéficiaire de l’ « humanitaire » ou de « la mission » qu’à son porteur. Mais au fait, dès lors, qui est le bénéficiaire et qui est le porteur ? À quoi les distingue-t-on ? À ce que l’un se déplace et l’autre non ? Mais un touriste ne se déplace-t-il pas ? Le déplacement fondamental est-il forcément géographique ? Le porteur de l’ « humanitaire » serait-il donc celui qui a accès aux billets d’avion et aux visas ?

 

On comprend qu’il doit y avoir un déplacement plus fondamental ! Celui qui, du cœur de la notion de secours forensique, nous dépouille de toute prétention de propriétaires… des biens comme de la grâce.

R.P.


 

Généalogie des protestantismes (8)

Par Rolpoup :: mercredi 20 mai 2009 à 11:27 :: KT Adultes

 

  

 

(Cf. Programme de l'année)

 8)               28 mai
- Pentecôtisme
- Théologies de libération & contextualisation
 


 

 

Les Églises pentecôtistes

 

Cf. http://www.museeprotestant.org/
Pages/Notices.php?scatid=64&noticeid=890&lev=1&Lget=FR

 

Le mouvement pentecôtiste représente aujourd'hui la confession à laquelle se rattache le plus grand nombre de protestants dans le monde. On l'évalue à 150 millions de fidèles environ.

En France son apparition date des années 1930 ; les «  Assemblées de Dieu » et « la Mission Evangélique Tzigane » en sont les expressions les plus importantes.

 

 

Historique

 

C'est en 1906 aux États-Unis avec l'évangéliste William James Seymour (1872 - 1922) que le pentecôtisme prend naissance d'une rencontre entre la spiritualité afro-américaine et certains éléments de la piété notamment méthodiste. Le mouvement se répand très rapidement dans tout le pays.

En raison de l'importance de la communication orale privilégiant l'action du Saint Esprit, le pentecôtisme séduit rapidement les pays du Tiers Monde. En Afrique, en Corée, en Chine et en Amérique latine, la formation d'Églises pentecôtistes, qui savent faire leurs des éléments de leur culture préchrétienne, est particulièrement importante.

En Europe le pentecôtisme est très présent en Europe de l'Est, en Suisse et en Scandinavie. En France la vitalité du Réveil né au XIXe siècle soucieux d'insuffler une foi plus vivante et plus missionnaire va se trouver « en phase » avec un mouvement qui s'appuie sur l'expérience que peut vivre chaque fidèle du «  baptême de l'Esprit «  qui lui confère des dons particuliers comme le parler en langues, le don de prophétie et le don de guérison.

Avec la fulgurante expansion des Églises pentecôtistes, dans les pays du Tiers Monde et en Europe de l'Est le mouvement a fait son entrée sur la scène œcuménique. Plusieurs rencontres entre le Conseil œcuménique des Églises (C.O.E.) et des Églises pentecôtistes ont eu lieu et 12 des plus importantes en sont membres. […]

 

La doctrine

 

Pour les pentecôtistes, il s'agit de revenir aux sources de l'Église primitive et de revivre l'expérience des temps apostoliques et plus particulièrement du jour de la Pentecôte. L'identité fondamentale du pentecôtisme est donc l'expérience du Saint-Esprit que les fidèles appellent le « baptême de l'Esprit » et dont le « parler en langues » ou glossolalie est le signe. Il s'agit soit de parler une langue compréhensible mais inconnue de celui qui s'exprime, soit le plus souvent d'une louange ou d'une prière qui n'utilise pas les mots d'une langue existante.

Le don de prophétie et le don de guérison -dont le pentecôtisme a fait un argument d'évangélisation- et tous les dons que l'on trouve dans le livre des Actes des Apôtres ou dans les Épîtres de Paul, sont considérés comme pouvant se manifester aujourd'hui... « à l'un est donnée par l'Esprit une parole de sagesse, à un autre une parole de connaissance ; à un autre le don des guérisons, à un autre le don d'opérer des miracles, à un autre la prophétie, à un autre le discernement des esprits à un autre la diversité des langues » — 1 Corinthiens 12 / 7-11.

Les Eglises pentecôtistes se situent dans la tradition protestante évangélique et se référent aux grands principes de la Réforme : le salut par la grâce, l'autorité de la Bible, le sacerdoce universel et se font les témoins de « l'Évangile aux quatre angles » : Jésus sauve, Jésus baptise, Jésus guérit, Jésus revient. […]

Les communautés charismatiques dont la naissance se situe à la fin des années 1970 sont le plus souvent issues du mouvement pentecôtiste. Mais elles transcendent les églises traditionnelles dans une recherche d'unité. Le catholicisme s'est fortement impliqué dans le renouveau charismatique mais il y a à l'intérieur du mouvement des courants très divers dont les caractéristiques sont très liées à la personnalité de leur fondateur.

 

 

Organisation des Églises pentecôtistes

 

L'organisation de ces Églises ressemble à celle des Églises baptistes ou de la plupart des Églises évangéliques. Un point pourtant les distingue : l'autorité accordée aux ministères surtout au ministère pastoral, en raison des dérapages possibles dus à l'origine populaire de ces communautés, et à la libre expression des dons de chacun.

Ces Églises sont également très indépendantes les unes des autres, chacune fortement rassemblée autour de son pasteur.

Les Églises pentecôtistes ne font pas partie de la Fédération Protestante de France à l'exception de neuf unions d'églises dont la Mission évangélique Tzigane (MLETF) est la plus importante avec environ 100.000 membres, plus de cent lieux de culte animés par une cinquantaine de pasteurs et 1200 prédicateurs.

Avec le temps, beaucoup de pentecôtistes sentent le besoin de renouer avec leurs racines et de manifester leur appartenance à la famille protestante. Le débat est aujourd'hui ouvert dans les Assemblées de Dieu

 

 

L'expansion du pentecôtisme

 

L'expansion fulgurante du pentecôtisme, en particulier dans les pays du Tiers-Monde, interroge et même irrite les autres Églises avec lesquelles il se trouve en concurrence. Certains sociologues ont remarqué que le développement des églises pentecôtistes coïncidait avec les mouvements de population des zones rurales vers les zones urbanisées. Y affluent des populations coupées de leurs racines culturelles et de leurs pratiques religieuses traditionnelles. Le pentecôtisme séduit alors par son culte chaleureux, par sa musique exubérante et rythmée, par la pratique du témoignage de vie qui permet de se relier à l'histoire de chacun et par les miracles qui ponctuent cultes et rassemblements et semblent montrer que Dieu est encore à l'œuvre aujourd'hui dans ces communautés.

La place importante laissée aux femmes dans certaines assemblées, prépare une façon très nouvelle de concevoir Dieu et une subversion en douceur de la théologie patriarcale multiséculaire des chrétiens.

La communication orale des ces Églises est également plus en phase avec ces populations que le côté intellectuel des Églises protestantes. Les communautés pentecôtistes fournissent ainsi un encadrement spirituel, moral et même parfois matériel, à des groupes humains ayant perdu leurs repères traditionnels.

Mais la formation théologique des pasteurs jugée insuffisamment poussée explique la méfiance des églises historiques envers le pentecôtisme, dont les communautés ont parfois été traitées de sectes ; mais la situation évolue et il est de plus en plus fréquent de voir des pentecôtistes souhaiter recevoir cette formation théologique qui leur fait défaut.

La méfiance existe aussi du côté des pentecôtistes, car très zélés dans l'évangélisation et même le prosélytisme, ils insistent sur une forme de piété très marquée ; et ils vont même jusqu'à penser que les chrétiens non pentecôtistes n'ont pas eux trouvé l'essentiel.

Comment le pentecôtisme va-t-il évoluer ? Va-t-il se rapprocher des Églises protestantes ? Va-t-il se démarquer d'un certain fondamentalisme biblique et opter pour une solide formation théologique de ses pasteurs ? Va-t-il se diluer à travers le mouvement charismatique ?

L'avenir du mouvement pentecôtiste est encore très ouvert.

 

 

La théologie de la libération

 

Cf. l’article de Marc MULLER :
http://www.reforme.net/archive2/article.php?num=3165&ref=1292

Et http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9ologie_de_la_lib%C3%A9ration

 

Née en Amérique latine à la fin des années soixante, la théologie de la libération n’est plus ce qu’elle était depuis la fin du communisme. […] 

 

L’option prioritaire pour les pauvres. Tel est le cœur de la théologie de libération. Une pratique – plus qu’une théologie spéculative – qui voit l’Église comme Église des pauvres et veut contribuer à leur libération sociale. Une théologie qui assume concrètement la dimension politique du message biblique et se propose de le réinterpréter à la lumière de la pratique et des combats de cette « Église des pauvres ». Ce mouvement théologique, né en Amérique latine, entend avant tout répondre à une situation d’urgence, de crise et de souffrance des masses, dans un contexte qui présente certes des caractéristiques propres au continent, mais qui est aussi constitué par une opposition idéologique qui divise alors le monde en deux blocs (communiste et capitaliste). Plutôt qu’une orthodoxie ou qu’une certaine application de principes, la théologie de la libération propose une orthopraxie et une théologie pratique. Cette option préférentielle pour les pauvres sera adoptée dans la déclaration finale de la Conférence générale de l’épiscopat latino-américain à Medellín, en 1968.

Le mouvement a été théorisé en 1972 par le théologien péruvien Gustavo Gutiérrez, un dominicain, dans son essai Théologie de la libération.

 

Le mouvement, voix du peuple opprimé, eut immédiatement une grande popularité en Amérique latine pour cause d'innombrables injustices perpétrées par les groupes militaires au pouvoir.

 

Il est lié à l'apparition de militants politiques des pays du Tiers-monde dont l'action partage un fondement politique et religieux : politiquement, proche du socialisme, qui insuffle à la religion chrétienne une valeur intrinsèque de mission libératrice du peuple de leur point de vue.

 

Ce courant théologique est devenu influent surtout au Brésil, au Pérou, au Chili et en Amérique centrale autour des figures de Gustavo Gutiérrez, Leonardo Boff et Jon Sobrino.

 

La théologie de la libération influence aussi le protestant brésilien Rubem Alves.

 

 

Dans le monde

 

En France, ce courant théologique a été représenté par les mouvements ouvriers d'Action catholique, en particulier la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC). Il influence aussi le protestantisme, notamment Georges Casalis, président de la Commission générale d'évangélisation (CGE) de 1974 à 1983, et qui mourra au Nicaragua.

 


Une méthode théologique

[…] Le projet est de travailler à partir d’un raisonnement inductif (« dis-moi d’où tu parles »), qui doit se substituer au raisonnement déductif (les conclusions sont déduites à partir d’une doctrine, d’un magistère). La réflexion théologique doit être informée par une analyse de la réalité nourrie des sciences sociales. Cette méthode s’applique aussi à la lecture de la Bible, elle sert de base à une pédagogie dite « de conscientisation » (Paolo Freire) et donne lieu à une réécriture de l’histoire de l’Église.

La théologie de la libération s’articule autour de quelques concepts fondamentaux :

– les « pauvres » identifiés au peuple de Dieu et qui donnent lieu à une relecture systématique des Écritures pour mettre en évidence qu’ils sont les sujets de l’histoire ;

– la notion de « péché structurel » se démarque d’une approche qui ne considère que les relations entre Dieu et des individus ; il s’agit de montrer que le péché a aussi une dimension sociale, collective ;

– la « libération » est collective et prend racine dans l’histoire des Hébreux ;

– la « suivance » du Christ implique un engagement solidaire ;

– le « royaume de Dieu » qui se réalise dans l’histoire, à partir de l’Église des pauvres et non de l’Église pour les pauvres.

Très rapidement, la théologie de la libération est perçue comme une menace tant par certains responsables ecclésiastiques que par des politiques, globalement conservateurs. Elle est combattue par Jean-Paul II dès les débuts de son pontificat, à partir de 1978, comme axe exclusif de la pastorale. La Congrégation romaine pour la doctrine de la foi (présidée par le cardinal Ratzinger) l’accuse de marxisme, et dirige la reprise en main systématique de l’épiscopat et du clergé régulier.

D’autre part, l’administration des États-Unis porte l’offensive sur les terrains politique et militaire, mais aussi sur le terrain religieux où elle semble s’appuyer sur des campagnes missionnaires d’évangélistes étrangers.


Le tournant de 1989

Mais il faut aussi signaler le rôle critique de théologiens qui, tout en exprimant leur sympathie avec les luttes sociale et politique pour la justice, n’en critiquent pas moins une certaine idéalisation des « pauvres » et mettent en évidence les limites de la méthode « inductive ».

C’est dans ce contexte que se produit le tournant de 1989 consacrant la fin du communisme. Progressivement, avec la chute du rideau de fer, un virage est pris. C’est la fin des visions révolutionnaires et des mouvements internationalistes voués au changement de société. Dans le champ théologique, cela se traduit par un virage ecclésial : la priorité n’est plus donnée à l’instauration d’une société égalitaire par le biais d’une Église populaire. On privilégie la perspective de l’inculturation de l’Évangile […] par l’émergence de théologies autochtones, noires, métisses, populaires ou féministes. De nouvelles questions font leur entrée dans la réflexion théologique, en particulier celles liées au défi écologique, ou encore celles qui essaient de penser un monde nouveau, dit « postmoderne ». […]


L’option pentecôtiste 

L’échec de l’
Église catholique ou de « l’Église populaire » à unifier l’Amérique latine est un constat. Malgré certaines dynamiques interconfessionnelles nationales ou continentales, on peut observer une atomisation des Églises. La fragmentation des théologies et des courants qu’elles traduisent est favorisée par la « contextualisation » de la foi […].

De la proclamation d’une eschatologie historique et politique, on est passé à une eschatologie de type apocalyptique. La « pentecôtisation » de nombreux secteurs en Amérique latine, jusque dans les Églises historiques, s’est imposée. […]

 

 

Une théologie noire de la libération

 

La théologie de la libération influença aussi la Black theology (« Théologie noire ») qui prônait, notamment aux États-Unis et en Afrique du Sud, l'émancipation des Noirs et une lecture parfois afrocentriste de la Bible. Ainsi, James Cone, membre de l'Église épiscopale africaine méthodiste, publie en 1970 A Black theology of Liberation (« Une théologie noire de la libération »). Aux États-Unis, la théologie de la libération se posait notamment en adversaire de l'aile conservatrice de l'Église protestante la plus influente dans le Sud, la Southern Baptist Convention (SBC), qui justifiait l'esclavage à l'aide de la Bible. Bien que les membres progressistes de la SBC ont soutenu le mouvement des droits civiques après 1964, la hiérarchie n'a fait une « déclaration de repentance » qu'en 1995.

 

Sous l'apartheid, la théologie de la libération et la Black theology ont été des sources influentes du Black Consciousness Movement (Mouvement de Conscience noire). Ainsi, Desmond Tutu, le futur Prix Nobel de la paix, qui prêcha lors des funérailles de Steve Biko en 1977, figure historique du Black Consciousness Movement, était et demeure proche de ces théologies.

 

 

 

 

 

Généalogie des protestantismes (7)

Par Rolpoup :: lundi 20 avril 2009 à 11:55 :: KT Adultes

 

 

(Cf. Programme de l'année)

 

7)                23 avril

- Piétisme & méthodisme

- Évangéliques & libéraux

 

 

Le Piétisme (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Pi%C3%A9tisme) — désigne un mouvement religieux que l’on origine dans la démarche du pasteur luthérien de Francfort, Philipp Jacob Spener (1635-1705). En 1670, cela a commencé par des collegia pietatis (collèges de piété) qui répondaient à une demande des participants d'approfondir leur piété. Une première théorisation est faite par Spener dans son ouvrage Pia desideria (1675) : il y insistait sur la nécessité d'une piété personnelle qu'il jugeait préférable aux développements rationnels et à la rigueur de l’orthodoxie.

 

Sur le plan pratique les premiers « collèges de piété » ont quelque chose de ce qu'on appelle aujourd'hui les groupes de prières. Il était naturel que de tels groupes, qui prônaient la tempérance pour eux-mêmes, remettent en question la vie dissipée des princes que les écrits de Spener irritèrent. Dans les campagnes de dénigrement qui s’en suivirent, relayés par des théologiens non-piétistes, le terme apparut avec sa connotation péjorative — dans le sens de fidèles confits en excès de prières ; en même temps leurs adversaires portaient sur eux l'opprobre, les taxant de schismatiques, sinon de sectaires.

 

*

 

À l'origine, il s'agissait donc d'un groupe de fidèles protestants luthériens qui organisaient des groupes de prière autour de leur pasteur (Spener) ; le fait nouveau et important est que chacun pouvait y prendre la parole ; le fait, troublant pour l'époque, était que les laïcs eux-mêmes pouvaient prétendre à y analyser les Saintes Écritures.

 

Ce fonctionnement collégial les avaient amenés très rapidement à la constatation qu'il y avait trop de formalisme dans la pratique religieuse et que l'on accordait plus d'importance au savoir et à la connaissance qu'à la pratique individuelle de la prière et donc à la spiritualité. En ce sens, et de l'intérieur, ce groupe se posait donc en parfait continuateur de Luther.

 

Ses adversaires, et tout particulièrement les princes de l'époque et leurs émissaires, taxaient ce mouvement d'exagération de piété et de démonstration ostentatoire de piété ; ceci était précisément le contraire de son sens véritable. Cette accusation s'appuyait sur l'affirmation qu'ils préféraient les exercices privés aux cultes publics.

 

Le mouvement piétiste s'inscrivait dans un courant de recherche religieuse que l'on peut trouver aussi chez les Quakers pour la sévérité de leur morale et leur aversion pour les plaisirs mondains, chez les Méthodistes en ce que quiconque se sent inspiré peut prendre la parole dans leurs assemblées, ou bien en France, chez les jansénistes.

 

Le piétisme inspirera aussi des personnalités comme Kant ou Lessing. Par bien des aspects, La religion dans les limites de la simple raison de Kant, peut sembler s'inspirer des Pia desiderata.

 

*

 

Les réunions des piétistes d'Alsace, patrie d'origine de Spener, qui avaient lieu surtout à Bischwiller, près de Strasbourg, se multiplieront jusqu’au XIXe siècle ; elles donneront lieu à des poursuites vers 1825.

 

Le mouvement se développa jusqu’à Berlin, et dans la toute nouvelle université de Halle fondée en 1691, sous la férule d'un des principaux disciples de Spener, August Hermann Franke, il se répand dans toute l'Allemagne.

 

On retrouve des piétistes en Moravie, en Russie, dans les Pays baltes, aux Pays-Bas, en Angleterre et en Amérique.

 

Le sobriquet de piétistes finit par être assumé et revendiqué (comme il est coutumier pour les sobriquets).

 

Un de ses représentants célèbres est le comte de Zinzendorf (Nikolaus Ludwig von Zinzendorf), en Moravie. Disciple de Franke au collège de Halle, son rôle est décisif dans le Réveil morave.

 

Sous son influence, la Fraternité Morave reçut et perpétua la passion de son responsable. « Un sceau fut conçu pour exprimer leur zèle missionnaire qu'ils venaient de découvrir. Le sceau était composé d'un agneau sur une terre rouge cramoisi, de la croix de la résurrection et d'une bannière de triomphe avec l'inscription : "Notre Agneau a vaincu, suivons-Le." Les Moraves se reconnaissaient eux-mêmes comme redevables vis-à-vis du monde pour lui apporter l'Évangile dont ils se considéraient les administrateurs. On leur enseigna à embrasser un mode de vie centré sur le renoncement à soi, le sacrifice et l'obéissance immédiate. Ils répondirent à l'appel de l'Agneau d'aller partout, particulièrement dans les endroits les plus durs et les pires, qu'ils considéraient prioritaires. Comme pionniers, ils furent plus audacieux qu'aucun autre soldat de la croix ; il n'y a jamais eu d'hommes plus patients ou persévérants dans les difficultés, ou plus héroïques dans la souffrance, ou plus entièrement consacrés à Christ et aux âmes humaines que ne le furent les hommes de la Fraternité Morave. » (Cf. http://sentinellenehemie.free.fr/bio_zinzendorf.html)  

 

*

 

Influencé par les Frères Moraves et le Mouvement du Réveil, un Anglais, John Wesley vit, en 1738, une expérience de conversion.
(Cf. http://rolpoup2.zeblog.com/2007/02/7)  

 

John Wesley est un prêtre anglican britannique du XVIIIe siècle et le fondateur du méthodisme.
(Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Wesley ;

http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thodisme)

 

Né le 17 juin 1703, John Wesley est le quinzième enfant du révérend Samuel Wesley, recteur (vicar) de la paroisse anglicane d'Epworth (Lincolnshire), et Suzanna Wesley, une mère pieuse, mais exigeante. Ses deux parents venaient de familles non conformistes (c'est-à-dire ayant rompu avec l'Église d'Angleterre / cf. les puritains). En 1720, il s'inscrit à l'Université d'Oxford, où il refuse de faire sienne la vie dissolue des étudiants. Il forme le « Club des Saints » (Holy Club) avec d'autres étudiants, dont son frère Charles, et George Whitefield (1714-1770 – cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/George_Whitefield). Whitefield sera pasteur de l'Église d'Angleterre et l'autre grand leader du méthodisme. À la différence de John Wesley, Whitefield s’en tiendra la doctrine classique (calviniste) de l’élection et de la prédestination, que Wesley abandonnera.

Le « Club des Saints » se réunissait pour prier et faire des exercices spirituels ponctuellement, ce qui leur a valu le qualificatif de méthodistes "à cause de la régularité et l'esprit de méthode" apportés par ses membres dans leurs pratiques religieuses. Diplômé en 1724, Wesley est ordonné prêtre anglican en 1728 par l'évêque d'Oxford, John Potter, qui devait par la suite être nommé archevêque de Cantorbéry.

 

Il partit aux États-Unis pour prêcher, mais sans avoir, dit-il, la conviction de son propre salut. Lors du voyage de retour, il partageait le bateau avec des missionnaires moraves, et fut très impressionné par leur foi inébranlable malgré une tempête.

 

Cela le poussait à une rencontre personnelle avec Dieu, qu’il vécut le 24 mai 1738 : « à neuf heures moins le quart environ, tandis qu'on lisait le passage où Luther décrit la transformation que Dieu produit dans le cœur qui croit en Christ, je sentis mon cœur se réchauffer étrangement. Je sentis que je me confiais en Christ seul, pour mon salut. Je reçus l'assurance qu'il m'avait purifié de mes péchés, de tous mes péchés et qu'il m'avait sauvé de la loi du péché et de la mort » (The journal of John Wesley, éd. Chicago, Moody Press, s.d. trad. W. H. Guiton, Wesley d'après son journal, Bruxelles-Paris, Publication méthodistes, s.d., p. 16.)

 

John Wesley se met alors à annoncer la Bonne Nouvelle du salut offert à tous les hommes, par la foi. Il rencontre bientôt une vive opposition de la part de l'Église établie. Dans la ligne puritaine et piétiste, il tient pour une expérience personnelle avec Dieu. Sa foi se traduit dans sa préoccupation sociale chrétienne développée dans ses visites des mines de charbon. Sa théologie se retrouve dans ses « Sermons ». Wesley s'entoure de prédicateurs laïcs. Il sillonne la Grande-Bretagne - préparant ses sermons, lisant et écrivant à cheval. Prédicateur infatigable, il parcourt plus de 400 000 km, la plupart du temps à cheval, et prononce plus de 40 000 sermons. « Le monde est ma paroisse », déclare-t-il. Contribuant à la création d'écoles et d'organismes sociaux pour lutter contre l'ignorance et la pauvreté, il sera l'un des premiers à s'élever contre l'esclavage.

 

Wesley finit par rompre "de facto" avec l'Eglise anglicane en 1784 — à contrecœur. L’acte qui consomma de façon évidente la rupture eut lieu en deux temps : le 1er septembre 1784, dans une maison de Bristol, il consacra diacres deux de ses prédicateurs itinérants. Le lendemain, il les ordonna « anciens » (« elders »), c'est-à-dire prêtres, et ordonna son ami Thomas Coke « inspecteur » (« superintendent »), concrètement évêque. Ces événements sont rapportés dans le Journal de John Wesley. Pour chacune de ces consécrations, il utilisa le rituel du "Book of Common Prayer", bien que ce dernier précisât dès son préambule que seul un évêque peut conférer les ordres.

 

À sa mort, en 1791, on comptait environ 70 000 méthodistes en Grande-Bretagne et 60 000 aux États-Unis.

 

*

 

Une des caractéristiques du protestantisme est née, un courant revivaliste, qui finira par porter le nom d’évangéliques, et qui influencera tant la branche orthodoxe que la branche que l’on appellera libérale :

- la branche orthodoxe, car le mouvement évangélique issu du piétisme et du méthodisme adhère aux doctrines classiques du christianisme et du protestantisme orthodoxe ;

- la branche libérale car comme elle par la suite, le mouvement piétiste revendique dès le départ la primauté de la foi sur les doctrines, même si contrairement au libéralisme, il entend en général, fût-ce avec souplesse, s’y tenir.

 

Le méthodisme est une branche importante du protestantisme mondial, notamment en Afrique.

 

En France, l'Église méthodiste existe jusqu’à aujourd'hui sous différentes dénominations. Mais la majorité des Églises méthodistes ont rejoint en 1938 l'Église réformée de France.

 

 

 

 

Généalogie des protestantismes (6)

Par Rolpoup :: lundi 23 mars 2009 à 16:58 :: KT Adultes

 

(Cf. Programme de l'année)

 6)               26 février
         Mouvements puritains et révolutions  

 

 

       

(Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Puritanisme)

 

Le puritanisme désigne une conception de la foi chrétienne développée en Angleterre par les protestants radicaux après la Réforme. Le mouvement est né à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle.

 

Comme tous ceux qui se voient désignés par un sobriquet, les puritains ne se sont pas donnés eux-mêmes ce nom. Une grande quantité de puritains se concentrait en Angleterre, où s’origine ce terme qui vise leur mise en question radicale de la superstructure hiérarchique de l’Église, en vue de la doter d’un système purement représentatif.


Le mot décrit, plutôt qu'une Église particulière, un type de pratique religieuse — avec fonctionnement représentatif —, à l’origine de tendance calviniste, qui déboucha notamment sur l'émergence de l'Église presbytérienne.

 

 

D'Henri VIII à Elisabeth Ire

 

La rupture, sous Henri VIII, de l'Église d'Angleterre d’avec la tutelle de Rome en 1534 ouvrit des perspectives aux chrétiens anglais qui voulaient réformer l'Église dans le sens initié par Martin Luther.

 

La cause du protestantisme avança rapidement sous Édouard VI, avec qui correspondait Calvin. L'archevêque de Cantorbéry (Thomas Cranmer) publia le premier Book of Common Prayer (Livre de prière commune) en décembre 1549, pour formaliser l'adaptation anglaise de la Réforme continentale.

 

Durant le règne de Marie Tudor (Bloody Mary / Marie la sanglante), l'Angleterre revint au catholicisme romain. De nombreux protestants furent exécutés (Cranmer et d'autres grandes figures de la Réforme condamnés au bûcher), persécutés et contraints à l'exil en Europe. Ils entrèrent en contact avec des réformateurs calvinistes à Genève ou luthériens en Allemagne et solidifièrent leurs positions. La Bible de Genève fut publiée à cette période.

 

L'accession au trône d'Élisabeth Ire en 1558 fut bien accueillie par les protestants. Mais ses premières actions, quoique rétablissant le protestantisme, déçurent ceux qui aspiraient à une réforme. Le puritanisme doit beaucoup au mécontentement causé par le Elizabethan Religious Settlement de 1559 par lequel la reine tout en réaffirmant l'indépendance de l'Église d'Angleterre à l'égard de Rome, incluait par exemple le maintien de l'Église sous le contrôle de la monarchie par l'intermédiaire d'une hiérarchie épiscopale, et laissait intactes beaucoup de pratiques catholiques, deux points inacceptables aux yeux des puritains. La mise en œuvre forcée et tâtillonne du nouvel ordre liturgique les repoussa dans une attitude d'opposition affirmée.

 

 

De l’Écosse à Olivier Cromwell

 

Parallèlement à la Réforme anglicane, l'Église d'Écosse avait été réformée sur un modèle calviniste presbytérien (avec l’action de John Knox), que les puritains espéraient étendre en Angleterre. Le couronnement de Jacques (VI) d'Écosse comme roi d'Angleterre sous le nom de Jacques Ier réveilla leurs espoirs. Mais le roi (à la Conférence de Hampton Court en 1604), qui n'était pas puritain lui-même et qui se méfiait d'eux, rejeta leurs doléances d'une phrase : « pas d'évêque, pas de roi » (no bishop, no king). Il autorisa cependant la publication de la King James Bible, en langue vernaculaire, notamment pour renforcer l'orthodoxie anglicane contre la Bible de Genève.

 

La pression assimilatrice de l'Église d'Angleterre augmenta encore sous Charles Ier sous l'influence de son archevêque (William Laud), la via media élisabéthaine étant appliquée partout avec force. Les puritains étaient vus comme des fauteurs de trouble mettant en péril l'unité de la monarchie et de l'Église et, à ce titre, toujours sujets à une répression parfois féroce. Les peines d'emprisonnement étaient lourdes, accompagnées de la confiscation des biens et de châtiments corporels : notamment, on marquait au fer rouge le front des condamnés des initiales de « sower of sedition » - graine de sédition. L'exil des puritains vers l'Europe se poursuivait, et les premiers mouvements d'émigration vers l'Amérique commencèrent (l'épopée du Mayflower date de 1620) mais les idées puritaines continuaient à gagner du terrain en Angleterre.

 

Lorsque le conflit entre le Parlement (puritain) et Charles Ier dégénéra en véritable guerre civile en 1640, les puritains se hâtèrent de saisir l'occasion d'exorter la nation à renouveler son « covenant » (Alliance) avec Dieu. Le Parlement convoqua une assemblée d'ecclésiastiques et de laïcs, tous d'obédience calviniste, connue sous le nom de « Westminster Assembly » qui ne parvint pas à réformer totalement le gouvernement de l'Église. Cependant l'armée d'Olivier Cromwell de tendance indépendante (= congrégationaliste), qui avait défait les forces royales, porta au pouvoir son général. Une révolution qui inclut l’exécution (en 1649) du roi Charles Ier pour trahison. La République (Commonwealth) dirigée par Cromwell favorisa largement le mouvement puritain. (Le grand défenseur du puritanisme de l'époque fut le poète John Milton.)

 

Le puritanisme a connu de très nombreuses tendances outre les presbytériens, des indépendants aux baptistes, aux quakers et aux unitariens…

 

Parmi les plus radicaux, les levellers (niveleurs), ou les diggers (creuseurs) — mouvements, comme leur nom l’indique, à tendance communiste. Face à la diversité, le gouvernement de la révolution puritaine lui-même tenta une via média… Entraînant pour les plus utopistes des puritains des démarches visant à mettre en œuvre leurs projets de fraternité universelle et révolutionnaire vers l’horizon ouvert par la mer… et la flibuste ! (Cf. ci-dessous l’article d’O. Abel.)

 

La République (Commonwealth) puritaine n’en marque par moins le début de la liberté de culte et de conscience, incluant pour la première fois les juifs.

 

 

La grande persécution et le Nouveau Monde

 

La restauration de la monarchie en 1660 restaura également l'anglicanisme strict et les puritains furent expulsés de l'Église d'Angleterre. Ceux qui refusèrent l'intégration furent catalogués comme nonconformists. Le puritanisme anglais entra alors dans la période appelée la Great Persecution et fut contraint de reporter sur les colonies puritaines qui prospéraient en Amérique l'espoir de réaliser ses objectifs.

 

En 1640, le « Puritan Holy Commonwealth » comptait 40 Églises en Amérique, qui éclatèrent en différentes Églises et factions. Le groupe le plus vaste se retrouvait dans les Églises presbytériennes et congrégationalistes. Le méthodisme au XVIIIe siècle et le Réveil évangélique au XIXe siècle furent profondément influencés par le puritanisme.

 

On comprend qu’Alexis de Tocqueville ait noté qu’il s'agit tout autant d'une théorie politique que d'une doctrine religieuse.

 

*

 

… Théorie politique qui débouche sur la révolution américaine avec l’indépendance des États-Unis, et sur l’instauration d’un système représentatif, renversement de la monarchie imposée d’en-haut… Avec comme retour d’effet en France, France qui a soutenu les Américains prenant leur indépendance face à l’Angleterre (Lafayette), la mise en place, lors de la révolution, d’un système s’en rapprochant. Un système à vocation représentative, donc, qu’on a coutume d’intituler « démocratique », et dont le modèle initial est le conflit du parlement anglais contre la monarchie absolue débouchant sur la première révolution moderne.


 

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Olivier Abel Flibustiers protestants  

 

(Réforme n°3201  du 2006-11-30 « Disputatio »
http://www.reforme.net/archive2/article.php?num=3201&ref=1920
)

 

Par Olivier ABEL (professeur de philosophie à l'Institut protestant de théologie de Paris) :

 

Et si la grande épopée de la flibuste n’avait été que l’écume du même mouvement qui a fait la Réforme ? C’est que l’Océan est en phase avec la théologie protestante : il n’y a plus ni roi ni pape, on est seul avec Dieu, on a tout quitté. Obligés de vivre chaque jour sans être trop assuré du lendemain, on sait vite qu’il est impossible de s’approprier la mer, de la retenir entre ses doigts. Mais il y a dans le même temps une nouvelle donne géopolitique, et on voit le monde actif se décentrer de la Méditerranée vers l’Atlantique. En 1494, le traité de Tordesillas partage le monde nouveau entre Espagnols et Portugais, sous l’égide du pape. Très vite, le trop vaste empire espagnol, avec ses conquistadors, doit lutter pour assurer son hégémonie. Les corsaires protestants ont ainsi été lancés à l’assaut de l’empire et, pendant un siècle, tous les pirates, qu’ils soient français, anglais ou hollandais, seront pêle-mêle désignés comme des luteranos, des « luthériens », par les Espagnols.

Les puissances protestantes montantes apparaissent alors comme les puissances de la mer opposées aux puissances des Etats terrestres : d’un côté, on aura le poète puritain et libertaire Milton, l’auteur du Paradis perdu, et, de l’autre, le philosophe politique Hobbes, prônant un pouvoir fort contre la menace des réseaux maritimes.

Gaspard de Coligny est un des premiers à comprendre la nouvelle situation géopolitique. Amiral du royaume, il a le pouvoir de donner des lettres de course. Près de 80 navires corsaires sont ainsi envoyés écumer les océans et, à partir du déclenchement des guerres de Religion, leur butin alimentera la Cause. Le premier synode réformé, en 1559, se posera sérieusement la question de savoir si l’on peut ou non accepter un pirate à la sainte cène.

A partir de 1562, et jusqu’en 1628, La Rochelle devient la véritable capitale du parti huguenot. Cette quasi petite République autonome et commerçante est en même temps un foyer de rayonnement des idées protestantes. On comprend que pour les Espagnols Gaspard de Coligny soit devenu l’homme à abattre, et son assassinat à Paris, dans la nuit du 24 août 1572, inaugure les massacres de la Saint-Barthélemy. Quant à La Rochelle, elle est considérée par les catholiques comme une hydre arrogante et corrompue qui, comme Carthage, « doit être détruite ».

Un monde d'ouragans

Mais les protestants français sont relayés par deux autres grandes vagues de piraterie, celle des « gueux de la mer » aux Pays-Bas et celle des « chiens de la mer » d’Elisabeth d’Angleterre (John Hawkins, Francis Drake, et quelques autres). Et, surtout, les corsaires patentés sont débordés par la flibuste. A partir de 1640 on trouve une véritable petite république flibustière huguenote dans l’Ile de la Tortue, et des dissidents anglais à Saint-Domingue. Les boucaniers forment, au témoignage du huguenot de Honfleur Exquemelin, une société multiraciale de rescapés, de proscrits, d’esclaves fugitifs et de dissidents, dans une véritable utopie des « frères de la côte ».

Ce nouveau monde d’ouragans met en scène la misère de l’homme et la toute-puissance de Dieu. La tempête nous fait perdre nos repères. Je me relève et je ne reconnais rien : où suis-je ? suis-je bien moi-même ? Qu’est-ce qu’un nouveau monde ? Nous sommes tous des rescapés, des boat-people. Et l’île ou le bateau pirate, c’est l’utopie multireligieuse d’une libre adhésion, après la tempête.

L’apothéose de la piraterie protestante vient avec la montée et l’échec de la révolution anglaise, dans la dispersion de tous ces protestants puritains et radicaux que sont les levellers, diggers, ranters et autres quakers. Dans les années 1630, la Providence Island Company s’empare d’une île des Caraïbes pour en faire une terre d’asile pour les dissidents religieux. Après l’exécution du roi, en 1649, Cromwell fait le ménage parmi les levellers (les niveleurs, qui veulent refonder la société sur une base d’égalité sociale). John Lilburne, leur chef, propose de mener ses adhérents aux Indes occidentales, à condition que le gouvernement finance le voyage.

Ces dissidents forment dans les années 1650-1680, après la chute du Commonwealth de Cromwell en 1659, une utopie en archipel. Aux Bahamas, on a dès 1647 la Company of Eleutherian Adventurers. A la Barbade se trouve Joseph Salmon, le leader des ranters, mais aussi des synagogues juives, des instituteurs anabaptistes et des quakers qui lancent un mouvement de conversion et de libération des esclaves, vite réprimé. Aux Bermudes, le gouverneur et pasteur Lewis Hughes, qui qualifie le livre de prières de « conte de bonnes femmes », fait appel aux puritains réfugiés aux Pays-Bas. Bref, les Caraïbes des frères de la côte et des flibustiers puritains sont donc à la fois une poubelle où l’Europe envoie sa racaille, et un moment de tolérance religieuse aussi emblématique pour notre mémoire collective que l’Andalousie, plus radical peut-être, où les hiérarchies entre les orthodoxes et les hérétiques, les hommes et les femmes, les maîtres et les esclaves, les Blancs, Indiens ou Noirs seraient abolies.

Defoe, le dissenter

Une fois l’empire espagnol détrôné, cependant, l’Angleterre n’a plus besoin d’eux. Ce sera l’amnistie pour ceux qui ont pu s’enrichir et qui désirent s’intégrer. Mais il reste ceux qui, fugitifs, désespérés ou révoltés qui jugent la piraterie plus honorable que la culture de la canne à sucre fondée sur l’esclavage, sont déclarés forbans. D’un côté, on trouvera l’éloge du travail et de l’industrie et, de l’autre, l’éloge de la prise et de la dépense oisive, le refus d’accumuler l’or – c’est encore le cœur du vieux débat puritain entre presbytériens et antinomiens. Daniel Defoe n’est pas un pirate, mais un dissenter, et son Robinson Crusoé, publié en 1719, propose une vie recommencée après une rupture avec la famille et la patrie, comme une nouvelle naissance après une tempête. C’est l’émancipation de l’enfant, mais aussi de la bourgeoisie puritaine et du colon entreprenant, indépendant, qui se sauve par son seul travail, et multiplie les signes de sa gratitude d’être rescapé – on a ici le productivisme et le rêve d’une croissance infinie.

Dans son Histoire générale des plus fameux pirates, publiée en 1724 sous le pseudonyme d’un certain captain Johnson, on découvre un autre visage de Defoe, celui de l’antinomiste dissident, qui prône l’abolition de l’esclavage, de la propriété et du travail, et l’abandon à la Providence – mais n’est-ce pas aussi le mythe occidental de la vacance, de l’île tropicale paradisiaque ?

On le voit, l’épopée de la flibuste fait encore retentir dans notre imaginaire l’écho des controverses théologiques protestantes les plus passionnantes, les plus radicalement importantes pour comprendre le destin de l’Occident.

 

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Et puis, ci-dessous, pour illustrer l’héritage de la piraterie et de ses idéaux dans l’imaginaire, un film de 1939,  Jamaica Inn, dirigé par Alfred Hitchcock :
http://retrovision.tv/freevideo/jamaica-inn-1939/  

 

 





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Généalogie des protestantismes (5)

Par Rolpoup :: jeudi 26 février 2009 à 16:12 :: KT Adultes

 

 

(Cf. Programme de l'année)

 

 

5)               26 février
         Réforme « radicale »
         Orthodoxies et rationalismes
           

 

 

 

(Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9forme_radicale ;
cf. aussi : http://godieu.com/doc/histoire/16e_siecle_rapport_dieu.html)

 

L'appellation générique de Réforme « radicale » s'applique à de nombreux courants religieux hétérogènes qui se sont développés en marge de la Réforme « magistérielle » — « magistérielle » c’est-à-dire : qui ne rompt pas avec les autorités civiles / le « magistrat » / voire s’appuie dessus : la Réforme « radicale », rompt délibérément, fait un choix pouvant être révolutionnaire.

 

La plupart de ces mouvements radicaux ont émergé dans les premières années de la Réforme (1520-1530) et n'ont guère perduré. La Réforme radicale propose une remise en cause non seulement de la conception religieuse mais encore de la société du XVIe siècle.

 

Elle s'inscrit d'une certaine manière dans la continuité de la Réforme « magistérielle », zwinglienne ou luthérienne. D'ailleurs, de nombreux radicaux furent d'abord des acteurs importants aux côtés des grands réformateurs (pour Luther : Carlstadt, Münzer ; pour Zwingli : Grebel, Mantz). Néanmoins, leurs idées sont nettement plus extrémistes, ce qui leur attirera les foudres des autorités. Seul l’anabaptisme pacifique a réellement survécu aux diverses répressions orchestrées par les institutions tout au long du XVIe siècle.

 

On considère généralement que trois grandes tendances peuvent être distinguées parmi les groupuscules radicaux :

 

    * les radicaux révolutionnaires. Liés aux actes iconoclastes et à la Guerre des paysans, ces courants se manifestent essentiellement en Allemagne ;

    * les anabaptistes pacifiques. Ce courant apparaît d'abord en Suisse sous l'action de Grebel et Mantz. Puis, il se développe dans le Tyrol avec les huttérites. Enfin, Menno Simons donne un nouveau souffle à ce courant en l'homogénéisant quelque peu. Ce courant est devenu le mennonitisme ;

    * les spiritualistes. Influencés aussi bien par l'ascétisme médiéval que par l'humanisme, ce sont souvent des penseurs esseulés qui envisagent la foi comme un acte individuel.

 

Souvent anabaptistes, mais pas toujours, les radicaux peuvent aller très loin dans la rupture, non seulement avec la société de leur temps, mais aussi avec l’orthodoxie : cette aile n’hésite pas à remettre en question des dogmes tels que la Trinité (les « anti-trinitaires »)…

 

 

Cf. aussi Pierre Benoist, Affrontements religieux en Europe (XVIe-XVIIe siècle), Éditions Atlande, 2009. Ici :

 

http://74.125.77.132/search?q=cache:ObavSZjGFq0J:www.frichtiweb.com/files/1233846729rep_res_atlande.
doc+pierre+benoist+affrontements+religieux&hl=fr&ct=clnk&cd=16&gl=fr

 

Voir le point 2) : « la réforme en conflit ».

 

 

 

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Face à ces courants, la Réforme structure des discours orthodoxes et use de la raison (certes éclairée par l’Esprit saint !) — là où les « radicaux » préconisent une lecture spontanée, populaire, naïve et inspirée (seul le Saint Esprit dévoile au cœur et à l'esprit du croyant le sens de la Bible).

 

Deux grandes orthodoxies — luthérienne et réformée — vont se structurer, dont les bases philosophiques bientôt mises en question par les nouvelles philosophies, verront naître des tendances ouvertement rationalistes.

 

L’orthodoxie luthérienne se centre sur la question des « moyens de grâce » / prédication et sacrements, et se distingue de la tradition réformée par son insistance sur la notion d’ubiquité / omniprésence de l’humanité de Christ en vertu de la « communication des idiomes » (« idiomes » ou « propriétés ») : dans l’Incarnation, en Christ les propriétés de l’humanité sont communiquées à la divinité et les propriétés de la divinité sont communiquées l’humanité. Le Christ est donc corporellement omniprésent — notamment à la sainte Cène, par la « consusbstantiation ».

 

L’orthodoxie calviniste, qui admet aussi la « communication des idiomes » — un classique depuis le Concile de Chalcédoine (451) — n’en tire pas les mêmes conclusions, insistant pour sa part sur cet autre aspect de Chalcédoine (admis aussi par les luthériens) : « union sans confusion ni séparation ». Pas de confusion entre une humanité pleinement humaine, donc localisée, et une divinité omniprésente. C’est l’Esprit saint qui rend le Christ présent à la Cène. Cette conception de la non-confusion des deux natures a été taxée du vocable « extra-calvinisticum »…

Le Dieu transcendant reste transcendant, même dans l’Incarnation.

Une conception de la transcendance de Dieu qui se traduit aussi par un maintien de la doctrine classique de la prédestination (cf. Synode de Dorcrecht – 1618-1619), marquant la souveraineté de Dieu et sa précédence dans l’élection pour la grâce en Christ.

 

 

*

 

 

Aristote et sa logique ont souvent pris du service dans la mise en place des orthodoxies protestantes, comme elles ont servi l’orthodoxie catholique.

 

Les nouvelles approches philosophiques issues des bouleversements modernes, notamment l’ébranlement des cieux suite à l’œuvre de Galilée, qui affecte l’aristotélisme, affecteront aussi la théologie protestante, qui se repensera, pour certains courants, à l’aune du rationalisme nouveau et de la philosophie nouvelle — « des Lumières ».

 

Entre orthodoxie et rationalisme, certains se recentrent sur la question du salut et de la relation avec Dieu. Question très présente dans les mouvements puritains et explicitement posée comme cœur du piétisme (cf. séances suivantes).

 

 RP

 

 

Généalogie des protestantismes (4)

Par Rolpoup :: mercredi 21 janvier 2009 à 21:11 :: KT Adultes

 

(Cf. Programme de l'année)

4)               22 janvier
          Réforme anglicane           

 

  

« L’Église anglicane est une église chrétienne, catholique et réformée. Elle est chrétienne car elle est fondée sur le Christ et ses enseignements. Elle est catholique, donc universelle. Et elle est réformée, car sa structure, constituée de laïcs, de diacres, de prêtres et d’évêques, a été rajeunie au XVIe siècle. » —
http://www.montreal.anglican.org/ressources/index-01-fr.shtml

Elle remonte aux origines du christianisme britannique, avant qu’elle n’ait été réformée au XVIe siècle.

Elle est, depuis, répandue dans tous les continents

(http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_provinces_eccl%C3%A9siastiques_anglicanes

sous des noms divers — comme « Église protestante épiscopale » aux États-Unis « Société missionnaire domestique et étrangère de l'Église protestante épiscopale des États-Unis d'Amérique » (The Domestic and Foreign Missionary Society of the Protestant Episcopal Church in the United States of America).

 

 

Trois moments significatifs depuis le XVIe siècle :

 

1) 1521 (Henri VIII, Défenseur de la foi) – 1559 (Élisabeth Ire)

 

2) 1649 (Révolution puritaine) –1689 (Glorieuse revolution)

 

3) 1833 – 1841 (Mouvement d’Oxford)

 

 

Le rite anglican / trois sous-rites, tous les trois en vigueur :

 

    * celui de 1662, ou, « classique », qui se trouve dans le Book of Common Prayer ;

    * celui mis sur pied par le prêtre moine dans les années 1950, ou « moderne », et qui a beaucoup influencé le rite romain contemporain, et qui se trouve dans l'Alternative Service Book ;

    * celui du missel anglican et du bréviaire anglican, ou « traditionnel », très proche du rite tridentin et du rite de Sarum.

 

La première liturgie anglicane en langue anglaise fut éditée en 1544 pendant le règne d'Henri VIII. Sous son fils, Édouard VI, l'archevêque de Canterbury Thomas Cranmer prépara en 1549 une liturgie de caractère plus protestant que la version précédente. Sous le règne de Marie I un retour au catholicisme romain supprima la liturgie anglicane et Cranmer fut condamné au bûcher. Après les persécutions et bouleversements des règnes précédents, la liturgie anglicane restaurée de 1559 sous Élisabeth Ire retrouva l'équilibre entre les tendances protestante et catholique de l'église en Angleterre à l'époque, tout en gardant la quasi-totalité du texte de Cranmer. Le triomphe du puritanisme parlementaire pendant la guerre civile anglaise supprima de nouveau cette liturgie, et ce ne fut qu'en 1662 qu'une nouvelle rédaction du Book of Common Prayer fut adoptée, ayant comme base les versions de 1544 et 1549. Une version francophone, le Livre des prières publiques, fut faite par le prêtre Jean Durel, Jersiais qui devint Doyen de Windsor, et approuvée par Charles II le 6 octobre 1662. Cette version fut destinée à l'usage des églises paroissiales des îles de la Manche et de l'Église française de la Savoie. Selon les premiers mots de la préface :

 

    « Depuis que l'Église anglicane a fait un corps de sa liturgie, elle a toujours eu la prudence de tenir un juste milieu entre une trop grande rigueur à refuser d'y admettre le moindre changement, et une trop grande facilité à souffrir qu'on y en introduise sans raison. »

 

 

1) Henri VIII & la dynastie Tudor

 

Le « défenseur de la foi »

 

Henri, qui se rapprochera des idées d’Érasme, ne cache pas ses sentiments hostiles à la Réforme que l'ex-moine Martin Luther commence à prêcher et il n'hésite pas à l'invectiver. En juillet 1521, il envoie même au pape son Assertio septem sacramentorum, rédigée avec l'aide de l’humaniste Thomas More. Cela lui vaut le titre de « Défenseur de la foi » (Defensor Fidei) décerné par Léon X, le soutien d'Érasme et des attaques de Martin Luther. Dès lors, le roi d'Angleterre prend le titre d'illustrissimus, c'est-à-dire de « très illustre », titre maintenu même après sa rupture avec Rome et jusqu'à aujourd'hui.

 

Mais si Henri VIII est peu enclin aux idées réformatrices luthériennes, il n'en est pas moins inquiet de l'influence de Rome et aimerait se libérer du pape dans la direction des affaires de l'Église d'Angleterre. Sans heurt, l'Angleterre à commencé à s'habituer à la suprématie du gouvernement royal tant sur le plan spirituel que temporel. Henri VIII reste cependant fidèle à la doctrine romaine.

 

Tout bascule en 1527. Ses alliances espagnoles préalables se dégradent, puisque Charles Quint n'a pas voulu épouser sa fille Marie. De plus, sa femme, Catherine d'Aragon n'a donné naissance, hormis la petite Marie, qu'à des enfants morts-nés entre 1511 et 1514 et son état de santé ne permet plus d'espérer qu'elle ait d'autres enfants. Le roi, qui désire ardemment un fils, s’est rapproché de la jeune dame d'honneur de la reine, Anne Boleyn. Henri VIII souhaite l'épouser pour avoir un héritier légitime, tout en se débarrassant de Catherine d'Aragon. Son chancelier, Wolsey, est chargé d'entamer les négociations avec la curie romaine. Le pape n'étant pas décidé à accorder le divorce, l'affaire traîne pendant deux années jusqu'à l'automne 1529. Poussé par les partisans d'Anne, Henri VIII perd son estime pour Wolsey et le fait démettre de ses fonctions de Lord-Chancelier.

 

Le schisme

 

La chute de Wolsey amène Thomas More à reprendre le titre de Chancelier. Fervent partisan de Rome, More ne peut empêcher l'influence du secrétaire du roi, Thomas Cromwell. Ce dernier trouve des arguments pour accélérer la procédure de divorce. Pour lui, le refus papal est intolérable. Professeur à l'université de Cambridge, Thomas Cranmer, proche de la Réforme, est lui aussi partisan de la dissolution du mariage royal et précipite également la rupture avec Rome.

 

Mais en septembre 1530, Clément VII, qui fut précepteur de Charles Quint, oppose un refus définitif à l'annulation du mariage royal. Cette décision ferait de Marie, cousine de Charles Quint, l'unique héritière de la couronne d'Angleterre. Ce que le roi refuse.

 

Le 11 février 1531, l'archevêque de Cantorbéry, William Warham, proclame : « Nous reconnaissons que Sa Majesté est le Protecteur particulier, le seul et suprême seigneur et, autant que la loi du Christ le permet, le Chef suprême de l'Église et du clergé d'Angleterre ». Le premier pas vers une séparation de Église d'Angleterre de celle de Rome est franchi. Le 25 janvier 1533, la favorite Anne Boleyn annonce qu'elle est enceinte.

 

À ce moment, Henri décide que l'enfant naîtra dans la légitimité et précipite les événements. Il épouse Anne dans l'intimité et nomme Cranmer archevêque de Cantorbéry. Ce dernier valide l'union le 23 mai 1533. Le 11 juillet suivant, Clément VII excommunie Henri, Anne et Cranmer. La rupture avec Rome est consommée.

 

Anne Boleyn donne naissance à une fille. Plus tard, le roi la fera exécuter pour adultère. Seul son mariage avec Jeanne Seymour voit la naissance d'un héritier mâle, Édouard VI, qui lui succédera brièvement.

 

Fin de règne sanglante (1536-1547)

 

À partir de l'exécution de sa seconde épouse Anne Boleyn, Henri VIII entame un règne tyrannique.

 

En 1538, il fait exécuter son cousin Henry Pole 1er baron Montagu, et frère du cardinal Reginald Pole, l'archevêque de Canterbury. En 1541, il en fait de même avec la mère de ses derniers, Marguerite de Salisbury, la fille de George, duc de Clarence. Ces exécutions éliminent les derniers prétendants au trône de la Maison d'York.

 

En 1540, Henri se marie pour la quatrième fois, avec Anne de Clèves, fille l'un des chefs du protestantisme allemand, Jean III, duc de Clèves. L'union n'ayant jamais été consommée, il la répudie après six mois.

 

En 1542, c'est sa cinquième épouse, Catherine Howard qui sera décapitée pour adultère.

 

Il se remariera une sixième et dernière fois en 1543 avec Catherine Parr qui lui survivra un an.

 

Il mourut le 28 janvier 1547 au Palais de Whitehall, décès peut-être dû aux conséquences d'un diabète.

 

Les six femmes d'Henry VIII

 

    * Catherine d'Aragon : veuve du frère aîné d'Henry VIII, le Prince de Galles Arthur Tudor. Henry VIII put l'épouser le 11 juin 1509 après avoir fait reconnaître la non consommation du précédent mariage avec son frère. Plus tard, Henry VIII demanda l'annulation de son propre mariage avec Catherine en 1527, car elle ne lui avait pas donné d'héritier mâle vivant. Cette annulation lui est d'abord refusée par l'Église. Henry VIII parvient finalement à la faire prononcer en 1533 par Thomas Cranmer.

    * Anne Boleyn : Henry VIII l'épouse secrètement fin 1532 puis ouvertement le 25 janvier 1533 et la fait couronner. Anne Boleyn lui ayant donné une seule fille (la future reine Elisabeth Ire d'Angleterre) et non le fils et héritier tant convoité, il la fait exécuter par décapitation le 19 mai 1536.

    * Jeanne Seymour : le roi l'épouse le 30 mai 1536. Elle est déclarée reine le 4 juin 1536. Son premier fils, Édouard VI, vient au monde en 1537 et succédera à Henry VIII en 1547. Jeanne Seymour décède des suites de son accouchement le 24 octobre 1537.

    * Anne de Clèves : le roi l'épouse le 6 janvier 1540, dans le cadre d'une alliance avec les protestants allemands. Henry VIII la répudie six mois plus tard en juillet 1540, ayant rompu l'alliance avec les protestants.

    * Catherine Howard : le roi l'épouse le 28 juillet 1540. Il la surnomme "la rose sans épine". Elle est exécutée par décapitation le 13 février 1542.

    * Catherine Parr : le roi l'épouse en 1543. Elle décède en couches le 5 septembre 1548, un an après le décès du roi, et après une troisième union avec Thomas Seymour.

 

Édouard VI

 

Dès sa naissance, Édouard est duc de Cornouailles. Quelques jours après, le roi lui confère en outre le titre de prince de Galles, traditionnellement accordé à l'héritier du trône. En 1543, il obtient du parlement le droit de fixer lui-même l'ordre de sa succession : il rétablit ainsi les deux princesses issues de ses autres mariages, Marie et Élisabeth au deuxième et troisième rang dans l'ordre de succession au trône d'Angleterre.

 

Édouard est un enfant chétif, souffrant de plusieurs maladies durant les premières années de son existence même s'il parvient toujours à s’en remettre.

 

Les affections dont il souffre n’empêchent nullement le jeune prince de se développer intellectuellement. À sept ans, il se montre notamment capable de s'exprimer en latin et en grec ancien. Formé par des humanistes réformés (et en correspondance avec Calvin), Édouard s'affirme comme protestant sous l'influence de la Réforme, en marche sur le territoire allemand et celui des Pays-Bas.

 

Il transmet la couronne à Jeanne Grey, une fervente protestante.

 

Jeanne Grey

 

Le 10 juillet 1553, Jeanne Grey hérite de la couronne d'Angleterre.

 

Mais Marie Tudor réunit plusieurs milliers de partisans en un temps record et affronte Jeanne qui doit céder après 9 jours de règne. Les candidats au trône se retrouvent à la Tour de Londres.

 

Marie Tudor

 

Le règne de Marie Ire inspire un nouveau revirement politico-religieux : Marie est profondément catholique et sa politique papiste et pro-espagnole entraîne un changement de cap complet et un renversement des alliances. Mais ce qui soulève le plus d'inquiétude est la question matrimoniale. Ainsi, la perspective de son mariage avec le fils unique de Charles Quint, Don Philippe d'Autriche.

 

Marie épouse finalement Philippe. Après le départ de Philippe pour le continent, la politique anti-protestante de Marie se durcit fortement et les bûchers deviennent le moyen courant de régler les querelles théologiques ou liturgiques (ce qui vaut à Marie le surnom de « Bloody Mary» — « Marie la Sanglante ») le pouvoir papiste se renforce.

 

Marie étant décédée sans héritier le 17 novembre 1558, c'est Élisabeth qui, à 25 ans, accède au trône. Le 15 janvier 1559, Élisabeth Ire est couronnée.

 

Élisabeth Ire

 

Élisabeth refusera les avances de nombreux candidats, dont celles du roi Philippe II d'Espagne et d'Ivan le Terrible, premier tsar de Russie. La reine de France Catherine de Médicis lui proposa comme époux, successivement deux de ses fils: le duc d'Anjou - devenu, par la suite, roi de France sous le nom d'Henri III -, puis le duc d'Alençon, de 22 ans le cadet d'Élisabeth. On peut également citer parmi ses prétendants le prince héritier Éric de Suède, ou encore l'archiduc Charles de Habsbourg. Elle restera célibataire et sans enfant (surnommée la « reine vierge », bien qu’elle aurait eu, dit-on, une vie amoureuse assez active).

 

Les convictions religieuses d'Élisabeth sont protestantes et Marie n'avait ménagé ni ses efforts, ni les pressions pour pousser sa demi-sœur à un catholicisme au moins de façade. La difficile situation personnelle d'Élisabeth l'avait alors contrainte à se plier, sans enthousiasme aucun, aux exigences du pouvoir. Élisabeth maintiendra le protestantisme, avec un souci de modération.

 

Elle dote l'Angleterre d'une religion d'État par l'Acte de Suprématie dès 1559, qui exige des évêques un serment de fidélité à la reine, « gouverneur suprême » de l'Église.

 

Avec les « Trente-Neuf Articles » de 1563, elle constitue une véritable charte de l'anglicanisme : la hiérarchie épiscopale et une partie du cérémonial catholique sont maintenues, tout en abandonnant l'usage du latin et l'obligation du célibat des prêtres.

 

Elle se heurte aussi à l'opposition des puritains, qu'elle pourchasse. Les calvinistes proches du réformateur John Knox et du mouvement presbytérien écossais qu'il a fondé, désirent purifier (d’où leur nom) l'anglicanisme du papisme, en faire une Eglise avec un système représetantif.

 

Quant aux catholiques, elle fait face à leur opposition contre la rupture avec Rome. Les évêques mis en place par Marie Tudor sont catholiques romains, et de ce fait, refusent de prêter serment à une reine qu'ils jugent hérétique. Ils sont alors placés en résidences surveillées et remplacés par un clergé anglican.

 

En 1570, Élisabeth est officiellement excommuniée par le pape Pie V, qui ne reconnaît comme seule souveraine que Marie Stuart, la reine d'Écosse. Les catholiques sont alors jugés comme traîtres à la Couronne et une violente répression s'engage.

 

 

2) Révolutions

 

Côté puritain, et près d’un siècle après, c’est Oliver Cromwell, député de l'université de Cambridge au Long Parlement (1640), qui prend position contre le papisme et la royauté. Lorsque la guerre civile commence, en janvier 1642, il prend la tête de la lutte du Parlement contre l'épiscopalisme et la monarchie.

 

Il vit comme fermier-gentilhomme, membre de la gentry jusqu'au début de la première guerre civile anglaise en 1642 quand il mène ses ouvriers (en fait une armée recrutée par ses soins) au service du Parlement. Il se signale par son habileté et sa bravoure.

 

En 1643, il lève à ses frais (il a hérité en 1638 d'une riche propriété) une troupe de cavalerie organisée selon des principes démocratiques (officiers élus par la troupe, discussions idéologiques...) : les Ironsides (Côtes de Fer). Le 2 juillet 1644, il s'illustre dans la bataille de Marston Moor, et celle de Newbury, en octobre. Le Parlement le nomme Lieutenant-général de cavalerie.

 

En 1645, le Parlement le charge de réorganiser l'armée sur le modèle de ses propres troupes (c'est la New Model Army). Il bat les royalistes à la bataille de Naseby le 14 juin de la même année.

 

Le 5 mai 1646, le roi se rend aux Écossais, qui, le 30 janvier 1647, le livrent au Parlement anglais.

 

L'armée parlementaire est divisée en deux camps : les Indépendants constitués par les officiers, et les Levellers (Niveleurs) composés par la troupe. Comme le nom l’indique, ceux-ci prônent un régime égalitaire. Cromwell est d'abord conquis par leurs idées. En 1648, Charles Ier s'enfuit de l'île de Wight, mais il est bientôt ramené à Londres. Le procès a lieu du 20 au 27 janvier 1649, et Charles Ier est décapité à la hache le 30 janvier.

 

Le 17 mai 1649, Cromwell proclame la République, ou Commonwealth. Mais les relations se détériorent entre le Parlement dit « croupion », parlement à chambre unique, et l'armée ; Cromwell intervient et fait chasser les parlementaires par des soldats et institue un nouveau Conseil d'État dont il est partie prenante ainsi qu'un nouveau Parlement, mais dont les membres sont cette fois-ci nommés par le Conseil d'État. Ce Conseil ainsi que le Conseil des officiers, redoutant l'anarchie latente, nomme Cromwell Lord Protecteur de la République d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande en 1653.

 

Ses pouvoirs sont normalement contrebalancés par le Conseil et le Parlement, mais le Conseil lui est acquis et le Parlement est dissous dès le 20 avril 1653 :

 

Cromwell impose ainsi une république puritaine, faite d’austérité, et d’une réelle tolérance religieuse, sauf en ce qui concerne les catholiques (témoin les violences commises par ses troupes durant la répression de la révolte de l'Irlande). Dialoguant avec le rabbin hollandais Manasse ben Israel, il abolit en 1656 le décret de 1290 qui avait expulsé la communauté juive d'Angleterre.

 

Cromwell s'éteint à Londres le 3 septembre 1658, victime de la malaria ou d'un empoisonnement. Son fils Richard Cromwell lui succède, mais pour très peu de temps, car le général George Monck, gouverneur de l'Écosse, craint que la nation ne sombre dans le chaos, et cherche à rétablir la monarchie. En février 1660, Monck et son armée marchent sur Londres, et avec le soutien populaire, forcent le Parlement à se dissoudre.

 

Charles II rentre à Londres et s'y fait couronner le 23 avril 1661.

 

Pour venger la mort de son père, il fait juger les régicides, et exhumer entre autres le corps de Cromwell de l'abbaye de Westminster et le soumet au rituel d'exécution post mortem le 30 janvier, date anniversaire de l'exécution de Charles Ier. Son corps est jeté dans un puits et sa tête exposée sur un pieu devant l'abbaye de Westminster jusqu'en 1685.

 

La période qui suit le couronnement de Charles II est appelée la Restauration. Comme au temps d’Elisabeth (mutatis mutandis), on entrera finalement dans une vie média entre le régime monarchique antécédent et le régime du temps républicain.

 

Cela est définitif après la « Glorieuse revolution » de 1688-1689, une révolution pacifique qui renversa le roi Jacques II (Jacques VII d'Écosse) et provoqua l’avènement de la fille de celui-ci, Marie II et de son époux, Guillaume III, prince d'Orange. La révolution instaura une monarchie constitutionnelle et parlementaire à la place du gouvernement autocratique des Stuarts.

 

 

3) Mouvement d’Oxford (Oxford Movement)

 

Le XIXe siècle voit apparaître un courant théologique situé dans la lignée des théories défendues par la Haute Église (High Church) anglicane.

 

Ses partisans étaient pour la plupart des membres de l'Université d'Oxford, qui cherchèrent principalement à démontrer la place de l'Église anglicane dans la succession apostolique.

 

Ce courant théologique est également connu sous le nom de tractarianisme (Tractarian movement), en référence à la publication des Tracts for the Times, de 1833 à 1841. Ses promoteurs furent aussi parfois nommés, de manière péjorative, « puseyistes », du nom de l'un de leurs chefs, Edward Bouverie Pusey, professeur d'hébreu à Christ Church, à Oxford.

 

Une autre figure majeure du Mouvement d'Oxford était John Henry Newman, enseignant à Oriel College, et vicaire de l'église de l'Université d'Oxford, Saint-Mary the Virgin, fortement influencé par un sermon prononcé en 1833 par John Keble, qui critiquait la sécularisation croissante de l'Eglise d’Angleterre. Les autres personnalités éminentes du Mouvement d'Oxford étaient Thomas Keble, l'archidiacre Henry Edward Manning, Richard Hurrell Froude, Robert Wilberforce, et William Palmer.

 

En 1841, dans le quatre-vingt-dixième Tract, Newman affirma que les doctrines de l'Église catholique, telles que le Concile de Trente les avait définies, étaient compatibles avec les Trente-neuf Articles, fondateurs de l’Eglise anglicane au XVIe siècle. Dominique Barberi, religieux passioniste italien, envoya une lettre à Newman et ses amis. Le 25 juillet 1841, Georges Spencer informait Barberi que sa lettre avait fait l'objet d'une lecture très attentive de la part des membres du groupe d'Oxford. Finalement, le Mouvement d'Oxford se vida de sa substance lorsque Newman, entraîné plus loin qu'il ne l'avait prévu par ses propres arguments, se convertit au catholicisme en 1845, suivi par Manning en 1851. Newman confia qu'il choisit le P. Barberi pour le recevoir dans l'Eglise catholique, parce qu'il voyait en lui un catholique qui aimait les anglicans et qui vivait saintement.

 

Le mouvement eut d'importantes répercussions aux Etats-Unis au sein de l'église épiscopale. De nombreux religieux se reconnurent dans ses principes théologiques comme Samuel Seabury.

 

Jusqu'à nos jours, l'anglo-catholicisme, qui doit sa renaissance au Mouvement d'Oxford, a largement influencé l'anglicanisme dans son ensemble.

 

 

Aujourd’hui

 

La communion anglicane est aujourd'hui présente principalement dans les pays qui ont pu être imprégnés par la culture anglaise, comme les anciennes colonies américaines et africaines du Royaume-Uni (mais pas uniquement). Elle est symboliquement dirigée par la Reine du Royaume-Uni, l'Archevêque de Cantorbéry, aujourd'hui Rowan Williams, en étant le primat.

 

Les Églises anglicanes ont conservé une bonne partie de la liturgie et de l'organisation hiérarchique catholique (sauf le cardinalat et la papauté). Cependant, au XXe siècle et au XXIe siècle, certaines Églises de la communion anglicane ont pris des décisions libérales par rapport à d'autres confessions chrétiennes : ordination de femmes prêtres, acceptation d'un évêque homosexuel vivant en couple, par exemple.

 

Les fractures de la Communion anglicane

 

De nos jours, les Églises anglicanes sont notamment divisées sur la question de l'ordination des femmes et des homosexuels. Cette dernière décision crée cependant d'importants remous au sein de la Communion anglicane, déjà profondément divisée entre les conservateurs et les libéraux depuis le virage libéral pris depuis vingt ans : premières ordinations de femmes dès 1974 dans certaines provinces, choix d'un pasteur ouvertement homosexuel, Gene Robinson, comme évêque du New Hampshire en 2003 par la branche épiscopalienne, et enfin, ouverture officielle à la nomination d'évêques femmes depuis la conférence de Lambeth en juillet 2008.

 

En réponse à cet affaiblissement moral dénoncée par les Anglicans conservateurs (et leurs évêques venant le plus souvent d'Afrique, d'Océanie et d'Amérique du Sud), près de 300 évêques ont choisi de boycotter la conférence de Lambeth, synode décennal des évêques anglicans, prévue à l'été 2008. Ils se sont ainsi réuni un contre-synode à Jérusalem, voulant créer de leur propre mot une nouvelle "Communion dans la Communion".

 

De fait, il existait déjà un certain nombre d'Églises anglicanes du « Continuum », c'est-à-dire indépendantes du siège de Canterbury. Elles ont pour la plupart leurs origines autour des polémiques aux années 1970 concernant l'ordination des femmes. La plus grande de ces Églises est appelée la communion anglicane traditionnelle, en anglais Traditional Anglican Communion (TAC), ou encore Communion anglo-catholique, à cause de sa grande proximité liturgique et théologique avec Rome.

 

Par ailleurs, en Angleterre, suite à une importante immigration en provenance de pays catholiques comme la Pologne, le nombre d'anglicans pratiquants serait désormais inférieur au nombre de catholiques pratiquants, ce que conteste l'Église anglicane. L'anglicanisme reste néanmoins majoritaire avec près de 25 millions de baptisés en Angleterre et au Pays de Galles, pour 4,2 millions de catholiques et moitié moins de musulmans. Des observateurs expliquent par ailleurs les conversions au catholicisme de certains anglicans, comme la spectaculaire conversion de l'ancien premier ministre Tony Blair, consécutivement aux divisions sur l'ordination des femmes et des homosexuels en tant que prêtres au sein de l'Église anglicane, sans que l'on puisse noter une tendance de fond.

(Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Anglican


Accord avec l'Église réformée de France (signé en 2000) :
Déclaration de Reuilly.


 

 

 

 

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